Le 329° Régiment d'Infanterie dans la Grande Guerre

03 mars 2012

Un international de football au 329° RI

 

René Camard, l’un des 16 internationaux de football morts pendant le conflit, était sergent au 329° RI.
Né dans le 7° arrondissement de Paris le 8 février 1887, René Jean-Baptiste Camard va très vite se consacrer aux sports, sans délaisser pour autant  ses études ; il obtient son certificat d’études primaires, un certificat d’études de l’association des instituteurs et un diplôme du lycée Voltaire à Paris.

Mais il excelle aussi dans la pratique de plusieurs sports : marche, tir, course à pied, concours athlétiques, natation, cyclisme, pelote basque et surtout football. D’abord licencié au Red Star, il rejoint les rangs de l’Association Sportive Française.

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Le 21 avril 1907, René Camard est appelé en équipe de France, au poste d’ailier gauche, pour affronter la Belgique à Bruxelles en match amical.

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La France l’emporte 2 buts à 1, grâce à 1 but inscrit à la 72° minute par François qui pousse le gardien belge dans sa cage « avec Bon et Camard » selon les comptes rendus de l’époque.

 

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René Camard est appelé quelque temps après pour effectuer son service militaire au 129° RI du Havre, ville qui vit la naissance du premier club de football français. Il intègre bien sûr l’équipe régimentaire de football et celle du HAC, où il rencontre Pierre Six, qui sera sous-lieutenant au 329°et sera tué le 7 juillet 1916 à Estrées, et qui joue, lui aussi, dans les deux équipes. Le 9 janvier 1910, le 129° RI rencontre le 39° RI de Rouen pour la 1° journée du Championnat de France militaire, et l'emporte 4 buts à 0. Le Petit Havre écrit le lendemain : "les meilleurs joueurs de la ligne d'avant furent Camard (alors caporal) à l'extrême gauche et Rémy ainé. Ils marquèrent les deux premiers buts, Rémy en les rentrant dans les filets, Camard en les servant à Rémy". Huit jours plus tard, le HAC rencontre le FC Rouennais en championnat de Haute-Normandie; le même scénario se reproduit, but de Rémy sur passe décisive de Camard. Enfin, lors de la finale du Championnat Militaire du 3° Corps d'Armée, remportée par le 129° RI sur le 28° RI par 12 buts à 0, René Camard inscrit, à lui seul, 5 buts !

 

 

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En 1912, René Camard, est capitaine de l’AS Française qui remporte le Championnat de Paris, puis est finaliste du championnat de France face au Stade Raphaëlois.

Le match, joué au stade du Matin à Colombes (qui deviendra le stade olympique Yves du Manoir pour les Jeux Olympiques de 1924), voit la victoire des joueurs du sud de la France, 2 buts à 1 après prolongation. Le but de l’AS Française est inscrit par René Camard

 

 

 

 

 

 

En 1913, René Camard, alors représentant de commerce, épouse, le 29 mars, Inès Moreau à la mairie du 9° arrondissement de Paris.

Lorsque la guerre éclate, le sergent René Camard rejoint le 329° RI. Le 28 août 1914, lors de la retraite de la 1° Armée, il est blessé à Guise (Aisne).

Puis c’est la bataille de la Marne, au cours de laquelle le 329°, placé en réserve, n’intervient pas directement, la poursuite de l’ennemi jusqu’à l’Aisne, où le régiment est engagé.

Mars 1915 : le régiment est cantonné dans le secteur de Bray-sur-Somme depuis plusieurs semaines. Le 15, à la tombée de la nuit, un fourneau de mine allemande explose dans le secteur de Carnoy, et provoque un vaste entonnoir. 3 compagnies se rendent à Carnoy et se livrent à de violents combats avec l’ennemi. C’est en encourageant ses hommes lors de ces combats pour la possession de l’entonnoir que René Camard est mortellement atteint.

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Quelques jours après, René Camard est cité à l’ordre de la 53° division. La Croix de Guerre lui est décernée à titre posthume.

 Merci à Gilles CAMARD, petit neveu de René CAMARD, et à son père, pour les précieux renseignements et documents qu'ils m'ont transmis.



 

 

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29 octobre 2011

Juillet 1916 : la Somme

Le contexte

C'est lors d'une conférence qui s'est tenue à Chantilly les 6 et 7 décembre 1915, qu'il fut décidé de lancer une grande offensive à l'été 1916.

Initialement prévue en Flandre, cette offensive menée conjointement par les Anglais et les Français, aura lieu en Picardie. L'attaque allemande sur Verdun va modifier l'objectif de cette offensive; en plus d'enfoncer les lignes ennemies en Picardie, il s'agira de soulager Verdun en usant l'adversaire sur un autre front.

somme_grandL'offensive, prévue le 29 juin, se déroulera sur un front nord-sud d'une quarantaine de kilomètres.

 Au nord du dispositif, les troupes anglaises sont chargées de couvrir un front d'environ 25 km jusqu'à Maricourt.

 Face à eux, la II° armée allemande occupe des positions fortement organisées et défendues (villages, bois, hauteurs).

 Au sud, de Maricourt à Chaulnes, sur un front de 15 km, la 6° armée, commandée par le général Fayolle, futur Maréchal de France, dispose de 3 corps d'armée, les 20°, 1° colonial et 35° auquel est rattaché le 329° RI.

 Là encore, l'ennemi est fortement installé. Face au 35° CA, plusieurs villages et zones boisées, plusieurs lignes de tranchées sont les objectifs à atteindre au 1° jour de l'attaque.

 

 Les mauvaises conditions météorologiques conduisent à un report de 48 heures de l'offensive, qui aura lieu le 1° juillet. L'heure H est fixée à 9h30.

 La 53° DI est en réserve et ne participera donc pas à l'attaque. Elle vient seulement de se retrouver au complet, après le retour du 329° RI, qui avait été envoyé dans la région de Beauvais, mis à la disposition du service forestier pour effectuer des coupes de bois et confectionner des rondins, depuis le 12 juin. Ce n'est que le 29 juin que les 2 bataillons du 329° réintègrent la 53° DI à Harbonnières. Dans La Biffe, Jacques Meyer dépeint les retrouvailles avec les compagnons d'armes :" nous retrouvons les tout proches, les plus chers, nos vrais frères de misère, les camarades de la brigade".

Le 30 juin, la division a été dotée de postes de T.S.F. permettant d'échanger des correspondances dans le sens brigade (poste émetteur) vers division (poste récepteur); la portée est de 6 km maximum. Des équipes spéciales pour la destruction des réseaux de fil de fer sont arrivées; la 88° compagnie d'aérostiers est mise à la disposition du 35° CA, un avion d'infanterie est rattaché à la 53° DI. Il devra fournir des renseignements à la division et au corps d'armée par TSF, et jettera des messages lestés au PC du CA indiquant la situation de la DI. Le PC de la DI se situera au carrefour des routes de Chuignes à Foucaucourt, à 900m au nord de l'église de Foucaucourt.

 Comme prévu, l'attaque est déclenchée le samedi 1° juillet à 9h30 sur l'ensemble du front. Très vite les troupes françaises vont atteindre, voire dépasser leurs objectifs. Il n'en sera malheureusement pas de même côté anglais, cette journée devenant la plus noire de l'armée anglaise qui enregistre 20 000 morts et 40 000 blessés.

Cette progression se poursuit, et, le 3 juillet à 17h00, la 53° DI reçoit l'ordre de relever la 61° DI, avec comme mission d'enlever Estrées.

Le 329° régiment d'infanterie entre dans la bataille. A partir de 21h30, il relève 2 bataillons au sud-est de Fay, où le lieutenant-colonel établit son PC dans l'une des dernières maisons du village. La relève  se terminera à 5h00 du matin, pour le  6° bataillon, et pas avant 8h00 pour le 5° bataillon, le secteur étant encombré par les unités relevées et par les convois de ravitaillement, mais aussi pris sous le feu de mitrailleuses ennemies installées à Estrées et dans la tranchée Schleswig. Le lieutenant-colonel Puntous signale que la tranchée de 1° ligne ennemie "n'est qu'une ligne d'abris individuels de tirailleurs". L'ennemi occupe une maison isolée à 500m au sur d'Estrées, "de la fumée sort de la cheminée".

A l'issue de son compte-rendu de relève, le commandant du 329° informe le colonel Masson, qui commande la 106° brigade, que la tranchée dans laquelle se trouve le 329° est située à 800m des tranchées d'Estrées occupées par les Allemands. "Il faut que nous attaquions par l'est, pour éviter d'être pris de flanc par la mitrailleuse placée dans les environs du moulin d'Estrées, qu'il faut faire tomber".

Mardi 4 juillet 1916

L'hebdomadaire "L'Illustration" (n° 3827 du 8 juillet 19136) écrit :"les orages et le temps pluvieux qui a suivi n'ont pas arrêté nos progrès".

La 106° brigade (224°; 228° et 329° RI) reçoit mission d'entrer dans Estrées par l'est.

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 L'objectif du 329° sont le bois Redel, la Boucle,  le moulin au nord d'Estrées, la lisière nord-ouest du village en liaison étroite avec le 228° RI.

L'attaque est prévue pour 17h00.

A 9h00, le lieutenant-colonel Puntous avance son PC au sud-est de Fay, à la corne nord-est du bois du Satyre.

A 10h00, une patrouille rapporte qu'Estrées est occupé par l'ennemi, et est défendu par de nombreuses mitrailleuses, regroupées au moulin , où se trouve également une batterie d'artillerie. Cette information est vérifiée par l'interrogatoire d'un prisonnier du 2° grenadiers de la Garde, qui déclare qu'Estrées est occupé par un bataillon.

Le lieutenant-colonel Puntous demande que ce secteur soit pilonné par notre artillerie avant l'attaque, et à 16h40, un important bombardement d'artillerie lourde est effectué.

Si l'attaque générale a bien commencé à 17h00, le 329° n'a pu déboucher qu'à 17h30, au moment où le 228°, avec lequel il devait coordonner son offensive, s'élance. Les hommes franchissent plusieurs centaines de mètres sous un déluge d'artillerie et sous des averses incessantes; le lieutenant-colonel Puntous est au milieu de ses hommes. Arrivées au nord-ouest d'Estrées, les vagues d'assaut sont prises pour cibles par des mitrailleuses ennemies, la progression se ralentit. Le commandant du 329° installe son PC dans un trou de marmite à une centaine de mètres de la lisière d 'Estrées.

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Un peu après 18h00, alors qu'il continue à diriger ses hommes vers les 1° lignes ennemies, le lieutenant-colonel Puntous est frappé par une balle; il succombera quelque temps après (voir la mort de Barca).

Le commandant de la 106° brigade n'est pas informé immédiatement de la mise hors de combat du lieutenant-colonel commandant ler 329°. A 18h35, il envoie un coureur porteur de ce message :"je n'ai pas de nouvelles de vous...vous avez demandé des renforts à Fay. Je prescris au 224° d'y envoyer 2 Cies; mais dites-moi où vous êtes. Un colonel est signalé comme ayant son PC à Estrées. Est-ce vous ? Si oui, le général vous propose pour officier de la Légion d'Honneur".


L'élan du 329°, un moment stoppé devant des réseaux de fils de fer, reprend, et, à 18h15, le 5° bataillon (capitaine Hubert qui a remplacé le chef de bataillon Laurrin blessé) occupe Estrées. Le régiment a fait 150 prisonniers et pris 3 mitrailleuses. A son tour, le 6° bataillon (chef de bataillon Hochard) entre dans Estrées après de durs combats; l'Illustration encore :"Estrées, abordé maison par maison, fut presque entièrement conquis". A 18h55, dès qu'il apprend la grave blessure dont a été atteint le lieutenant-colonel Puntous, le colonel Masson, qui commande la 106° brigade, donne l'ordre au lieutenant-colonel Bigeard, commandant du 224° RI, de se rendre immédiatement au PC du commandant du 329° et de prendre le commandement de cette partie du front.

La liaison entre le 228° et le 329° n'ayant pas pu être réalisée, les Allemands rèussissent à s'infiltrer jusqu'au moulin, et à 21h00, ils lancent une violente contre attaque qui oblige le 329° à un repli rapide. Une partie d'Estrées est à reprendre...

Les pertes sont importantes. En plus du lieutenant-colonel Puntous, 3 officiers ont été tués, (l'abbé Champin, sous-lieutenant  à la 21° Cie; le capitaine Goude et le sous-lieutenant Fresnay), 6 ont été blessés, 2 sont portés disparus. Au total, le régiment dénombre 89 tués et des dizaines de blessés et disparus.

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Plaque en mémoire d'Ernest Champin à l'église de Fay

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Le commandant Albert, du 236° RI, est promu lieutenant-colonel, et vient prendre le commandement du 329° où il arrive à 2h00 du matin le 5 juillet, et installe son PC au bois du Satyre.

Mercredi 5 juillet 1916

Le temps est toujours mauvais, il est impossible à l'aviation de survoler Estrées et de reconnaître la situation. Une amélioration est prévue pour la nuit suivante.

Le JMO du régiment décrit la position des différentes unités : les 3 compagnies du 5° bataillon et la CM2, ainsi qu'une compagnie du génie, occupent la partie ouest d'Estrées, ainsi que l'extrémité ouest de la tranchée Schleswig. Le 6° bataillon est au bois Foster. Le 228° est un peu plus à l'est, au bois Bulow; le capitaine adjudant-major Dandine, du 329°, a constaté un vide entre les 2 régiments. Le général commandant la 53° DI donne l'ordre à la 106° brigade de combler ce vide (2 compagnies du 224° sont envoyées s'établir entre le 329° et le 228°) et à la 105° (1 bataillon du 319° RI) de venir soutenir le bataillon Hubert dans Estrées. "Il est indispensable que le bataillon qui occupe Estrées y reste coûte que coûte" ajoute-t-il.

Moulin_de_FayLes Allemands tiennent le moulin d'Estrées et les tranchées qui le défendent devant le 329°.

A 3h55, le colonel Masson (106° brigade) envoie un agent de liaison auprès du lieutenant-colonel Albert. Il est porteur d'un message en ces termes :"Attaquez le moulin".

A 10h00, le nouveau commandant du 329° RI donne l'ordre au commandant Hochard d'attaquer la tranchée Schleswig située à l'est et au nord d'Estrées. Le commandant du 6° bataillon répond que cette tranchée est fortement occupée, et le lieutenant-colonel demande de faire battre cette tranchée et le moulin, et invite Hochard à faire avancer son bataillon afin d'exploiter immédiatement le résultat de ce bombardement.

Les troupes s'élancent à 14h30, s'emparent des mitrailleuses ennemies placées au moulin grâce à l'action du sous-lieutenant Sauvaget et de ses grenadiers de la 23° Cie, qui pénètrent dans le moulin, s'emparent des mitrailleuses, de leur personnel et d'un important dépôt de munitions, tuent à la baïonnette les servants d'une pièce encore en action, pendant qu'une autre section de la 23° Cie, sous les ordres du sous-lieutenant Jacques Meyer, prend 2 mitrailleuses. Il est 17h30, le 6° bataillon peut entrer dans Estrées, suivi par des éléments du 228°.

A 16h15, un message TSF annonce "Moulin pris".

L'auteur de La Biffe nous fait un récit très vivant de ces moments "le moulin, le fameux moulin, dresse en face de moi, tout près, sa ruine rose et croulante...; il n'y a plus à réfléchir, tout le monde dehors et allons-y ! Je n'ai pas le temps de me demander pourquoi ils ne nous tirent pas dessus; ma section part en courant, baïonnette haute, et, au même instant, des bras se lèvent au-dessus de la tranchée, puis des têtes rondes au calot à bordure rouge. Nous sautons dedans et, déjà, de peur de la grenade incendiaire, les "kamerads" se pressent en grappes à l'entrée des abris et se bousculeraient presque pour se rendre....Maintenant, tout le village s'offre à nous d'un seul coup d'oeil : c'est un Pompéi où les briques, les ardoises, les tuiles et les fragments de poutres remplacent la lave et les scories".

Le régiment organise les positions conquises. Une tranchée est établie à la lisière du village d'Estrées, des barricades sont dressées sur la grande route, face à l'est, destinées à prévenir toute tentative de contre-attaque de ce côté.

Jacques Meyer toujours :"à l'horizon, des silhouettes verdâtres fuient entre le peupliers de la grand'route...Sauvaget (lieutenant à la 23° Cie, qui mourra quelques jours plus tard de blessures reçues le 1° août) entreprend le nettoyage du village. Il est en manches de chemise, son révolver dans sa poche; son fidèle ordonnance le suit, portant sur l'épaule, tel un inoffensif sac de patates, un sac de grenades. Nouveau discobole, le geste large du grenadier arrondit sans trève son bras court et musclé; il lance ses grenades sur les toits, dans les portes, par les fenêtres des maisons encore debout, tandis que l'ordonnance, sans même s'arrêter ou se retourner, les tire de son sac et les sème par les soupiraux des caves d'un geste machinal et indifférent, qui, dans ces circonstances, touche simplement au sublime".

A 18h15, le général Lebouc (53° DI) informe le général Jacquot (35° CA) qu'un avion a repéré le 329° à la lisière sud d'Estrées; "le village est entre nos mains" conclut-il.

Vers 19h00, une violente contre-attaque débouche de Deniècourt. Les Allemands, nombreux, crient, chantent, mais sont bientôt pris sous le feu de nos mitrailleuses; ils tombent en grappes, fauchés, les survivants fuient vers leur tranchée de départ.

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Des centaines de prisonniers ont été faits par les unités de la division, appartenant aux 2° régiment de la Garde, 11° bataillon de chasseurs, aux 94° et 176° d'infanterie.

Le 329° dénombre une centaine d'hommes hors de combat, dont 20 morts. Le lieutenant Dumesnil, qui commande la 18° compagnie est gravement blessé. Le médecin chef de l'ambulance 1/53, située à Harbonnières, décrit le blessure (plaie pénétrante de la région thoracique; poumon gauche traversé de part en part) et demande une récompense pour cet officier.

Jacques Meyer est également blessé, et évacué vers l'ambulance 13/16 à Moreuil.

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Estrées est placé sous le commandement du lieutenant-colonel Albert.

 

 

 

La ville n'a pas oublié le sacrifice des poilus du 329°, et leur rend hommage.

 

 

 

 

 

Jeudi 6 juillet

La 53° division a reçu l'ordre de ne prononcer aucune action offensive, et d'organiser fortement les positions conquises. "La division ne doit pas reculer d'un pouce, les patrouilles ne devront pas s'avancer de plus de 150 à 200m du front afin de pouvoir stopper toute contre-attaque par des tirs de barrage. Je suis très fier de ce que la division a fait durant ces deux derniers jours" déclare le général Lebouc qui la commande.

Le 329° sera relevé au soir par le 224°, et passera réserve de la 106° brigade. Une tentative de s'emparer de la partie sud-est d'Estrées, toujours aux mains de l'ennemi, échoue, en grande partie du fait d'un brouillard opaque qui empêche tout réglage de l'artillerie.

4 compagnies du 207° d'infanterie allemand sont aperçues au sud d'Estrées, se dissimulant derrière des buissons. Le matin, ce régiment a eu 2 compagnies anéanties dans un boyau par un tir d'enfilade du 75. Un prisonnier déclare que les 206° et 207° régiments d'infanterie sont arrivés la veille. Les pertes allemandes sont anoncées très importantes par l'état major de la 53° division.

Le 329° compte encore 37 hommes hors de combat (14 morts et disparus, 23 blessés).

Vendredi 7 juillet

A 1h10, un prisonnier allemand, fait par la 21° Cie, appartient à l'IR 208, arrivé la veille au soir dans le secteur.

Dans la matinée, suite à une observation faite par l'aviation, le général commandant la 53° DI donne l'ordre au colonel commandant la 106° brigade, de faire reculer le 329° RI, "il y a trop de monde en 1° ligne !"

A 15h30, le lieutenant-colonel Albert installe son PC dans la grande ferme au nord d'Estrées, le 5° bataillon (Hubert), réduit à 240 fusils, occupe le secteur du moulin, le 6° bataillon (Hochard), réduit à 300 fusils, s'installe dans les tranchées du bois Foster.

Le bilan de cette journée "calme", est néanmoins de 6 tués et 18 blessés.

Samedi 8 juillet, dimanche 9 juillet

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Au soir du 8 juillet, le commandant du 329° transmet un croquis sur le stationnement du 329°, et indique que "la relève du 6 ° bataillon n'a pu être achevée entièrement avant le jour. 2 compagnies seulement sont à leurs emplacements définitifs. Les compagnies signalées en A et B y resteront pendant la journée en raison du bombardement, et se reporteront la nuit en A' et B'".

Le JMO de la 53° DI signale la situation préoccupante du 329° dont les 2 bataillons sont "très réduits et très fatigués".

Le général commandant la 53° DI énumère les unités qui lui font actuellement face : 2 régiments à pied de la Garde, les 38°, 94°, 176°, 205°, 206°, 207° et 208° régiments d'infanterie, ainsi que le 11° bataillon de chasseurs.

Les 2 journées sont consacrées à l'organisation des emplacements de combats et des cheminements pour venir en aide, si besoin, au 224° RI.

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C'est en organisant ces emplacements que le capitaine adjudant-major, commandant le 6° bataillon, Anselme Dandine est grièvement blessé.

Transporté à l'hôpital d'évacuation de Wiencourt-l'Equipée, il y décèdera le 10 juillet.

Il est inhumé au cimetière militaire de Wiencourt, en présence de l'état-major de son ancienne unité, le 417° RI, et de la compagnie qu'il avait commandée.


Le médecin divisionnaire s'inquiète de l'état de la route entre Fontaine-les-Cappy et Fay "qui ne permet plus la circulation des voitures automobiles transportant les blessés depuis Fay; les 500 derniers mètres sont détruits".

 Lundi 10 juillet

La division rend compte au corps d'armée qu'Estrées a été bombardé toute la journée par des obus de tous calibres, que des paquets d'Allemands ont tenté d'entrer dans le village par la lisière sud en attaquant à la grenade. Ils ont été à chaque fois repoussés.

A 9h00, le commandant du 224° signale que depuis 7h00 il est attaqué, notamment par des lance-flammes, et qu'il manque de grenades. Toute la journée, sous un violent bombardement, et alors qu'un incendie s'est déclaré dans un dépôt de munitions proche de ses lignes, heureusement sans faire de victimes, le 329° assure le réapprovisionnement du 224° qui parvient à se maintenir sur ses positions.

Le commandant de la division transmet les remerciements du Général Fayolle, commandant de la 6° Armée, à la 106° brigade "qui a accompli brillamment la tâche qui lui était confiée".

 Mardi 11 juillet

Le général commandant la 53° division donne l'ordre à la 106° brigade de s'emparer de lîlot de résistance situé au sud-est d'Estrées. C'est le 228° RI, appuyé par le 7° tirailleurs, qui est chargé de cette attaque qui est déclenchée à 14h00 après une préparation d'artillerie

Les mitrailleuses allemandes et des tirs de barrage entrent aussitôt en action, et font reculer les assaillants. Deux autres tentatives, à 17h30 puis à 22h00, précédées d'une préparation d'artillerie mal réglée, connaîtront le même échec.

Le 329° est toujours en réserve, mais subit un violent bombardement dans tous les secteurs où il se trouve.

Ce même jour, arrive une note du Général Fayolle dans laquelle il fustige l'artillerie de la 6° Armée dont le tir est "aussi mauvais que possible...il est irrégulier, il est partout sauf sur les objectifs. Ces tirs lamentables proviennent de l'insuffisance de l'observation. Mieux vaut ne pas tirer que de gaspiller ainsi des munitions précieuses en donnant à l'infanterie l'apparence d'une sécurité trompeuse. Toute malfaçon dans l'emploi de l'artillerie se paye par des insuccès et des pertes aussi cruelles qu'inutiles" !

Mercredi 12 juillet

Le village d'Estrées est violemment bombardé depuis 2h00 du matin; les troupes qui occupent le village sont assez durement éprouvées.

Le commandant de la 53° division prescrit la relève du 224° par le 329° dans Estrées.

Le lieutenant-colonel Albert, sans refuser d'effectuer cette relève, souligne un possible affaiblissement de la ligne de défense, du fait d'une forte diminution de ses effectifs "650 fusils à peine en comptant les hommes de soupe et les malades...fatigue extrême des hommes qui ont travaillé les jours et les nuits précédents à la construction de nouveaux boyaux et au ravitaillement incessant en munitions du régiment et du 224°".

Le commandement passe outre, et la relève est effectuée sans incident.

Jeudi 13 juillet

Le PC du lieutenant-colonel Albert est fortement bombardé par l'artillerie lourde ennemie. 5 hommes sont ensevelis lors de l'écroulement partiel du PC qui est alors transporté 100m plus au nord.

Vers 21h00, la 18° compagnie participe, avec 3 compagnies du 319°, à une attaque sur le boyau d'Estrées, au sud-ouest du village. Bien que précédée par une importante préparation d'artillerie, cette attaque est rapidement stoppée par un feu nourri de grenades et d'obus ennemis. Les hommes sont obligés de se terrer dans des trous d'obus. La tranchée d'Estrées est fortement occupée. Nos hommes diront qu'ils voyaient les Allemands au coude à coude dans la tranchée !

A 21h30, le capitaine Hubert avise son chef de corps que la progression est lente, la résistance acharnée, que la consommation de grenades est énorme; le lieutenant-colonel demande au dépôt de Fay d'envoyer d'urgence des grenades aux combattants.

A 21h35, le lieutenant Malapert signale qu'une mitrailleuse les prend en enfilade et fauche ses hommes.

A 22h05, le lieutenant Malapert envoie un message disant que la situation est toujours la même, qu'il est impossible de progresser, que ses hommes sont exténués. Il dresse une barricade.

A 1h00 du matin, le capitaine Hubert avise son commandant d'unité que ses hommes sont incapables de fournir un nouvel effort, ni même de tenir en ligne; il demande un endroit dans Estrées où ils pourront se reposer "à l'abri des marmites" !

Vers 2h00 du matin le vendredi 14 juillet, la 18° compagnie, qui ne compte plus que 56 hommes en état de combattre, demande du renfort; la 23° Cie du 319° vient lui prêter main forte.

Les pertes de la journée sont de 11 tués et disparus, 31 blessés.

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 Parmi eux, le médecin major de 2° classe (capitaine) Henri Drouard qui, transporté à l'ambulance 13/16 à Moreuil, y décèdera le surlendemain.

 

 

Vendredi 14 juillet

Journée relativement calme sur tout le front de la 106° brigade.

Le régiment dénombre néanmoins 3 tués, 2 disparus et 11 blessés lors de tirs d'artillerie ennemie.

Le soir, la brigade, relevée par la 121°, vient en réserve de corps d'armée. Le régiment cantonne à Harbonnières.

Samedi 15 au lundi 31 juillet

A compter du 17 juillet, les bataillons passent de 4 à 3 compagnies et une compagnie de mitrailleuses.

Le régiment, toujours en réserve, effectue quelques déplacements et travaux, et fournit les agents de liaison entre les différents PC (divisions; brigades).

Mardi 1° août

L'ensemble de la 53° division doit participer à une attaque sur le secteur d'Estrées; la CM6 et 2 compagnies du 329° sont requises, qui resteront d'abord en réserve.

L'attaque, lancée à 16h00, est stoppée quelque temps après pour permettre à notre artillerie lourde de bombarder une importante concentration ennemie. Elle reprend à 19h00, renforcée par la CM6 et les 2 compagnies du 329° (22° et 23°) qui étaient tenues en réserve et qui sont mises à la disposition du 224° RI.

Très vite, les hommes de la 23° compagnie se heurtent à un très vif feu d'infanterie et de mitrailleuses, et subit de fortes pertes. Le sous-lieutenant Sauvaget, héros de la prise du moulin d'Estrées le 5 juillet, est grièvement blessé, et décèdera le lendemain à l'hôpital d'évacuation de Wiencourt où il avait été transporté.

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Son corps repose dans la nécropole nationale de Marcelcave.

La 22° compagnie est également violemment bombardée, ainsi que la CM6.

La 106° brigade compte 200 hommes hors de combat, dont 20 tués.

Mercredi 2 août

Dans l'après-midi, le brouillard envahit le secteur. Vers 17h00, les Allemands en profitent pour lancer une contre attaque. Ils sont repoussés et subissent de lourdes pertes.

Le colonel Masson, commandant la 106° brigade, adresse une note au général commandant la 53° division, pour l'alerter sur l'état sanitaire du 329°, qui a subi de très lourdes pertes, dont les hommes sont exténués, n'ayant pris aucun repos depuis 1 mois, et dont beaucoup sont atteints de diarrhées qui les affaiblissent.

Jeudi 3 août

La 106° brigade est relevée par la 121° brigade. Le 329° vient bivouaquer près de Wiencourt.

Le 15 août, la 106° brigade va quitter la 53° DI, qui passe à la III° Armée, pour la 158°.

Le régiment s'éloigne progressivement du front, et, le 27 août, le général Fayolle, commandant la VI° Armée, cite le 329° régiment d'infanterie à l'ordre de l'Armée :"sous l'impulsion d'un Chef, véritable chevalier sans peur et sans reproche, le lieutenant-colonel Puntous, le 329°régiment a enlevé d'un seul élan, le 4 juillet 1916, un village fortement occupé. Son chef ayant été tué, et les 2 chefs de bataillon blessés, le 329°, soumis à une sérieuse contre-attaque, a dû évacuer une partie de la position dans la nuit, mais a repris énergiquement l'offensive le 5 juillet au matin et a rejeté l'ennemi, à la baïonnette, hors du village, s'emparant d'une batterie de 3 pièces de 105".

L'ordre général 6F du 26 août 1916 prévoit que "le Général Commandant en Chef décide que le 329° Régiment d'Infanterie, qui a été cité deux fois à l'ordre de l'Armée pour sa brillante conduite devant l'ennemi, aura droit au port de la Fourragère"                signé J. Joffre.

Le 329°, transporté en automobile, arrive à Bonneuil-en-Valois (Oise) et reçoit le renfort d'un bataillon, provenant du 420° RI qui vient d'être dissout. René Rucheton, mon grand oncle, arrive dans ce glorieux régiment.

Le 29 août, le lieutenant-colonel présente le drapeau aux nouveaux arrivés.

Le régiment a eu 165 hommes tués, des centaines de blessés et de malades, pendant ces quelques semaines de participation à cette bataille de la Somme.

                                   

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     Les témoignages de la présence du 329°, du sacrifice de ses hommes, sont présents, tant à Estrées qu'à Bray-sur-Somme.

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Et est-ce le hasard seul, qui décida du numéro de la route départementale qui traverse Bray ?

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24 avril 2011

Le Capitaine Lemaître

Joseph Charles Albert Lemaître est né le 8 avril 1885 à 2 heures du matin, au domicile de ses parents à Graville (Seine Inférieure, devenue Maritime). Il est le fils de Xavier Prudence, et de Lebertois Zoé Alphonsine, et est le  6° d'une fratrie de 10 enfants (3 filles et 7 garçons).


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Après avoir obtenu son certificat d'études primaires, le jeune Joseph va suivre, pendant 3 ans, les cours de l'école des Beaux Arts du Havre, section industrielle.

A la sortie de cette école, il entre aux Chemins de Fer de l'état en qualité de chaudronnier en cuivre.

Il arrive au 129° RI le 6 octobre 1906 en qualité d'appelé de la classe 1905.

Il est nommé sergent le 26 janvier 1908.

Libéré de ses obligations militaires le 25 septembre 1908, il se retire à Graville Ste Honorine, puis reprend une activité professionnelle aux chemins de fer de l'Etat, comme chaudronnier, à Mantes (Seine et Oise).

Le 21 mai 1910, il épouse Suzanne Capron qui décèdera quelques années pus tard.

Suzanne

Août 1914 : le sergent Joseph Lemaître quitte Le Havre avec le 329° RI, régiment qu'il ne quittera pas de toute la campagne.

Durant tout le conflit, Joseph Lemaître va faire preuve d'un courage et d'un dévouement sans bornes, soulignés par 8 citations ("officier d'un courage à toute épreuve", "officier d'une haute conception du devoir", "officier d'une bravoure incomparable").

Il est nommé adjudant le 17 mai 1915, et sous-lieutenant à titre temporaire le 21 octobre de la même année.

Fin 1918, le dernier chef de corps du 329° écrit "il suffit de lire le texte des nombreuses citations du Capitaine Lemaître, pour constater qu'il a été, en campagne, un parfait officier de troupe".

 Il reçoit sa première blessure le 11 mai 1915 lors de l'attaque du moulin de Thélus, près de Neuville-Saint-Vaast, une deuxième blessure, occasionnée par une chute, l'atteint le 2 décembre 1916, une troisième le 17 juillet 1917 lors d'une attaque au poteau d'Ailles, sur le Chemin des Dames. Il refuse à chaque fois d'être évacué !

Son ultime fait d'armes se déroule le 30 septembre 1918. Le 329° a reçu mission de nettoyer les abords de la Vesle. A 05h30, le capitaine Lemaître lance sa compagnie, la 21°, à l'assaut du village champenois des Venteaux. Malgré une forte résistance ennemie qui lui cause des pertes "assez lourdes" (JMO), la compagnie réussit à s'emparer du village, faisant 105 prisonniers dont 3 officiers, et ramenant 1 mitrailleuse lourde, 7 mitrailleuses légères, et quantité de matériels.

Le capitaine Lemaître sera cité à l'ordre de la division et sera fait chevalier de la Légion d'Honneur.

Le 13 juillet 1918, il avait épousé, en deuxième noce, Germaine Capron, soeur de sa précédente épouse.

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Revenu à la vie civile, il rejoint les chemins de fer de l'état, comme contrôleur technique principal puis comme inspecteur.

Il est élevé au grade d'officier de la Légion d'Honneur par décret du 11 juillet 1935, paru au Journal Officiel le 13 juillet. La cérémonie de remise de cette décoration a lieu le dimanche 8 mars 1936, au cours de la réunion annuelle des anciens du 329° RI.

C'est le Chef d'Etat Major Général de l'Armée, le Général Gamelin en personne, qui devait procéder à la réception du récipiendaire. Empêché au dernier moment, il confia ce rôle au Général Boulet-Desbareau, ancien chef de corps du 329°, que l'on voit ici de dos.

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                                                                                                                    photo Pierre Bruger.

Merci à Pierre Bruger, petit neveu du Capitaine Lemaître, pour les documents et informations fournis, notamment les photos de famille, et pour l'autorisation qu'il m'a donnée de les faire paraître ici.

 

 

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02 février 2011

Le Capitaine De Lassat de Pressigny

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Pierre Barnabé Jules Robert de Lassat de Pressigny est né le 22 février 1876, à 2 heures du matin, au domicile de ses parents, 16 rue de Strasbourg à Niort (Deux Sèvres).

La vie militaire du futur capitaine d'infanterie commence le 23 février 1894, quand le jeune homme, alors étudiant à Paris,  signe un engagement de 4 ans pour servir au 137° régiment d'infanterie à Fontenay-le-Comte (Vendée).

Il a alors 18 ans, mesure 1m71, a les yeux bleus et les cheveux châtains.

Il devient caporal en septembre 1894, sergent en juin 1895, sergent-fourrier en janvier 1897.

Admis à l'école de Saint-Maixent, il y entre le 13 avril 1898, et en sort sous-lieutenant le 31 mars 1899. Il est affecté au 153° régiment d'infanterie à Toul (Meurthe et Moselle).

Il est nommé lieutenant en avril 1901, et, le 15 août de la même année, il abandonne le 153° pour le 31° RI.

Il quitte provisoirement l'armée en 1904, bénéficiant d'un congé de 3 ans; il demande à être réintégré au bout de 2 ans. Il sert d'abord au 136° RI, puis est affecté au 129° RI du Havre le 14 novembre 1906.

 

 

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                                                                            photo François de Lassat

 

Le 26 novembre 1906, il épouse, à Saint-Pierre Quilbignon (Finistère), Marie Alix Lucile Anne Joséphine de Kerros. Le couple aura 2 fils, Robert Barthélémy Marie, né le 30 mars 1908 au Manoir de Kerbonne en Saint Pierre Quilbignon, aujourd'hui Brest, et Jacques Georges Marie, né le 5 février 1914 à Paris 17° arrondissement.

Il est ensuite versé dans la réserve, s'établit à Paris où il travaille dans les assurances jusqu'à son rappel, le 2 août 1914, suite à la mobilisation générale. Il est promu capitaine de réserve à titre temporaire le 18 octobre 1914, et à titre définitif le 12 décembre 1914.

A l'entrée en guerre, celui qui n'est encore que lieutenant commande la 19° compagnie; c'est le seul lieutenant commandant de compagnie du 5° bataillon, les 3 autres étant des capitaines.

Après la bataille de la Marne, le régiment participe à la poursuite des Allemands au sein de la V° Armée (Franchet d'Esperey). Cette poursuite prend fin sur les bords de l'Aisne, et le 329° participe aux durs combats de la deuxième quinzaine de septembre (cf la première bataille de l'Aisne)

22 septembre 1914 : le commandant du 329° reçoit l'ordre d'envoyer des patrouilles destinées "à s'assurer du contour apparent de l'ennemi" !

Dans une note rédigée le 25, et adressée au chef de bataillon Le Traon qui dirige le 5° bataillon, le lieutenant de Lassat de Pressigny dénonce "la ruse déloyale" employée par l'ennemi. La section envoyée vers le Choléra, forte de 54 hommes, est anéantie; tous ses hommes sont tués, blessés ou faits prisonniers. Les hommes aperçus précédemment près de la ferme du Choléra, habillés avec des uniformes français, étaient en réalité des Allemands qui tirèrent à bout portant sur les hommes de la section, dès que ceux-ci arrivèrent à proximité. Le lieutenant dit avoir constaté de lui-même que "des individus, habillés d'uniformes français, faisaient des allées et venues le long des tranchées allemandes, faisant croire qu'elles étaient occupées par nos troupes". Il poursuit en disant avoir été témoin des mêmes faits le 24 au soir, après la reprise de Berry-au-Bac.

En décembre 1914, le régiment est dans la Somme. Le 17, le capitaine de Lassat de Pressigny est à la tête d'un peloton qui doit prendre à revers des tranchées allemandes sur la route de Péronne. Ce peloton est arrêté par un feu nourri de 2 mitrailleuses ennemies, et compte 18 tués ou disparus et 37 blessés.

Le 7 janvier1915, l'ordre n° 508 du Grand Quartier Général indique :" Monsieur de Lassat de Pressigny, P.B.J.R., capitaine à titre temporaire au 329° régiment d'infanterie, a été nommé dans l'ordre de la Légion d'Honneur au grade de Chevalier. Brillante conduite dans tous les combats. Par son énergie, son calme, son sang froid, et par l'exemple de la plus grande bravoure, a fait de la compagnie qu'il commande depuis le début de la campagne une unité toujours prête aux missions les plus périlleuses et au plus grand dévouement" signé J.Joffre.

Cette nomination donne lieu à un événement assez exceptionnel : tous les hommes de sa compagnie lui offrent 2 croix de la Légion d'Honneur; une de taille réglementaire, dont les branches de la croix étaient ornées de brillants pour mettre sur sa tenue militaire, une plus petite, montée comme la précédente, pour mettre sur une tenue civile. Dans le discours prononcé à cette occasion, un des hommes de la compagnie, un "des crottés, des obscurs, des parents pauvres" comme il se présente,  parle de leur capitaine comme d'un père, celui qui protège, celui qui réprimande aussi ("chez nous il y a aussi des enfants terribles"). Il termine par ces mots :"au nom des vos qualités et de votre attachement , nous, officiers, sous-officiers, caporaux et soldats de la 19° compagnie, nous vous faisons Chevalier de la Légion d'Honneur".

Par décret en date du 22 janvier 1915, "est promu pour prendre rang à dater du dit jour au grade de Capitaine à titre définitif, Monsieur de Lassat de Pressigny, capitaine à titre temporaire au 329°".

Le 1° mars 1915, le capitaine de Lassat prend le commandement de la compagnie de mitrailleuses.

En mai et juin 1915, le capitaine de Lassat participe, à la tête de sa compagnie, aux combats d'Artois qui se révèleront très meurtriers pour le régiment. La journée du 11 mai est particulièrement éprouvante. Le JMO indique que les pertes peuvent être estimées à 80 hommes par compagnie; le lieutenant-colonel commandant le régiment est blessé ainsi que le commandant du 5° bataillon. "Le cadre des officiers de compagnie a été réduit de moitié dans la matinée alors que le régiment était en position d'attente sur ses positions de départ, suite à un violent bombardement".

Le 2 juillet, son chef de corps lui décerne l'appréciation suivante :"rend les plus grands services comme commandant de la CM; resté sans interruption ni repos sous le feu pendant 46 jours. Parfaitement apte à exercer le commandement d'un bataillon".

Le 18 septembre, le régiment arrive en Champagne; le 26, il participe à une attaque d'envergure destinée à prendre la butte de Tahure. Au soir, le 5° bataillon, rejoint par l'état-major du régiment, est retranché de part et d'autre de la route Tahure-Souain. Le lendemain, la zone occupée par le bataillon est soumise à un violent bombardement. Le capitaine de Lassat est tué, vraisemblablement enseveli, de même que le lieutenant-colonel Ricour, que le commandant du 5° bataillon, le capitaine-major, le sous-lieutenant porte-drapeau du régiment.

Le 21 octobre 1915, le capitaine de Lassat est cité à l'ordre de l'Armée en ces termes :"officier qui s'est déjà distingué depuis le début de la campagne. Au cours d'un bombardement d'artillerie lourde, a été mortellement atteint à son poste de combat le 27 septembre 1915 en donnant l'exemple du plus brillant courage".

 

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                                                                                                         document François de Lassat


Merci à Monsieur François de Lassat de Pressigny, petit-fils du capitaine Pierre Barnabé Jules Robert de Lassat de Pressigny, et à sa famille, pour les documents et informations fournis, et pour l'autorisation qu'ils m'ont donnée de les faire paraître ici.

 

 

 

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05 décembre 2010

C'était en décembre

Décembre 1914

Le 17, le régiment, ainsi que la totalité de la 53° division, reçoivent mission d'attaquer dans le secteur de Maricourt (Somme).
Une offensive menée par le capitaine Lassat de Pressigny est stoppée par les tirs de 2 mitrailleuses qui causent des pertes sévères (13 tués; 5 disparus et 35 blessés).

Décembre 1916

Plusieurs coups de main sont effectués dans la deuxième moitié du mois, notamment le jour de Noël, visant à faire des prisonniers, à identifier les défenses ennemies et à harceler les unités qui occupent ces tranchées.

Décembre 1917

Les tirs d'artillerie évoqués en novembre 1917 (cf "c'était en novembre") se poursuivent avec toujours autant d'intensité.
Le 2, à 22h30, René Rucheton est tué d'une balle de mitrailleuse. Il avait 21 ans, c'était mon grand oncle.

Le régiment est relevé dans la nuit du 16 au 17; il quitte Corbeny pour prendre du repos à l'arrière, dans la région de Crugny (Marne). Les hommes assistent à des représentations théâtrales, participent à des concours de menus pour la confection des repas.

Pour Noël, les hommes perçoivent des suppléments de nourriture, achetés avec de l'argent envoyé par les habitants du Havre, par l'intermédiaire du maire, Pierre François Morgand

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