berry10x

carte du secteur du 4° GDR et de l'aile gauche de la V° Armée.

 

Septembre 1914 : la bataille de la Marne vient de prendre fin.

Les armées allemandes se replient, poursuivies vers le nord-est par la V° Armée commandée par le général Franchet d'Espérey, qui a succédé au général Lanrezac limogé le 3 septembre, et dans la composition de laquelle entre le 4° groupement de divisions de réserve (4° GDR, général Valabrègue).

Le repli allemand s'arrête le long de l'Aisne, dont le cours est dominé par de hautes falaises parcourues par de nombreuses galeries qui offrent des postes de défense quasi imprenables.

Samedi 12 septembre

 

 

Le 4° GDR reçoit l'ordre de poursuivre sa marche en direction de Jonchery-sur-Vesle (Marne). Il a, à sa droite, le 18° corps (général Maud'huy), et à sa gauche le 3° corps (général Hache).

La pluie, qui tombe par intermittence depuis le matin, redouble de violence dans la soirée et rend difficile la progression.

Au soir, le 329° cantonne à Savigny-sur-Ardres avec l'état-major de la 106° brigade.

Dimanche 13 septembre

Le régiment quitte Savigny, dans la précipitation du fait d'ordres contradictoires, à 5h15. Il marche en tête de la brigade et se dirige vers Berry-au-Bac. A Cormicy, les habitants signalent que les Allemands viennent de quitter le village et qu'ils ne doivent pas être bien loin.

Vers 16h00, l'ensemble de la brigade (224°, 228° et 329°) est rassemblé au nord-ouest de Berry-au-Bac, près du ruisseau de la Miette, non loin de la ferme du Choléra. Le 329° reçoit mission de tenir les ponts.

berry10

A 18h30, nouvel ordre de stationnement : une partie de la brigade (EM + 224° et 329°) doit se rendre à Prouvais, alors que le 228° restera à Berry.

A 20h00, les 2 régiments atteignent Guignicourt. Le colonel Masson qui commande la 106° brigade apprend que le 228° a évacué Berry et a été dirigé vers la Neuville, et que Prouvais n'est pas sûre. Le 224° et le 329° sont maintenus à Guignicourt pour la nuit, qui est troublée par d'incessantes fusillades au sud de l'Aisne.

Lundi 14 septembre

Le général en chef adresse une instruction dans laquelle il définit un plan d'une grande ampleur, preuve de l'optimisme qui régnait à cette date.

La V° Armée reçoit mission d'attaquer l'aile gauche ennemie, non pas par un assaut frontal, mais par débordement.

Au matin, la 106° brigade est mise à la disposition de la 69° DR, alors que la 137° brigade passe à la 53° DR. A 5h00, le 329° est envoyé, par Berry-au-Bac, au nord-est de Sapigneul, vers la cote 91, en réserve de la division.

A 8h15, au moment où il quitte Berry par le sud-est, le régiment est violemment pris à partie par l'artillerie lourde allemande qui lui cause des pertes.

Le capitaine Voirin, officier de liaison, se porte auprès du général Néraud qui commande la 69° division. Ce dernier donne l'ordre au 329° de poursuivre son attaque vers le saillant d'un bois situé à 1800 mètres au nord-est de la Neuville.

L'attaque sera exécutée par le 5° bataillon (commandant Garçon) soutenu par le 6° (commandant Allié) qui se tiendra en arrière et à droite; entre les deux, la section de mitrailleuses et la CHR.

A peine les premiers éléments tentent-ils de déboucher de la croupe de la cote 91, qu'ils sont violemment bombardés par l'artillerie et rejetés en arrière. Seules les compagnies du 5° bataillon, abritées par le bois de la cote 91 parviennent à progresser. Le bois est enlevé vers 11h00, mais la crête de la cote 91 est toujours battue par les obus ennemis.

Bientôt, le feu très violent auquel est soumise la gauche de notre première ligne déclenche un mouvement de repli, la section de mitrailleuses ne peut entrer en action.

Le général Néraud fait sonner la charge, le colonel Masson s'emploie personnellement à ramener les hommes vers l'avant, mais très vite le repli s'accélère, en partie vers Sapigneul où se trouve le lieutenant-colonel Thiry, en partie au sud de l'écluse située entre Sapigneul et la Neuville, une dernière partie enfin vers un moulin au nord-est de Cormicy (cote 85).

berry10c

Le JMO de la 106° brigade dépeint ces moments tragiques en ces termes :"marchant sans objectif précis, mal appuyé à sa droite par le 267° qui faiblit de plus en plus, privé de tout renfort, en butte à un feu violent sur son front et son flanc gauche, que la retraite du 254° a complètement découvert, le 329° ne tarde pas à céder définitivement et se replie sur Sapigneul en assez bon ordre; ses pertes sont sérieuses".

Il n'est pas encore midi et le régiment a effectivement subi de très lourdes pertes : plus de 75 tués, le lieutenant Poupel, de la 21° compagnie porté disparu ainsi que plusieurs hommes, des dizaines de blessés dont 10 officiers.

Au matin, l'effectif du régiment était de 1900 hommes; au rassemblement à Sapigneul, le chef de corps ne comptabilise que 600 hommes !

155 Allemands ont été faits prisonniers.

Le lieutenant-colonel Thiry écrit dans le JMO :

jmo15

 

Vers 13h00, le régiment se reconstitue et s'établit au sud-ouest du moulin de la cote 85.

Les hommes ne peuvent pas faire de feu et ne reçoivent aucune distribution, les cuisiniers envoyés au ravitaillement à Cormicy ayant subi des pertes suite à des bombardements sur le village. Ce n'est que le lendemain, vers 5h00 du matin, qu'ils toucheront du pain et un peu de vivres.

Plus de 400 blessés, appartenant à différentes unités de la 53° division, affluent à l'ambulance n° 3 établie à la sucrerie de Berry-au-Bac. Le groupe de brancardiers divisionnaires signale qu'à Berry-au-Bac, le nombre de blessés entassés aux postes de secours de la 69° division de réserve "est trop considérable pour qu'ils soient évacués". A 18h00, ce même groupe est envoyé à Sapigneul, pour relever une centaine de blessés de la 53° division, qui n'ont pu rejoindre les postes de secours, situés à Berry, par leurs propres moyens. 70 d'entre eux ont pu être relevés et dirigés vers Berry, mais une trentaine est laissée dans une ferme avec un médecin et 2 brancardiers.

Mardi 15 septembre

 

Les distributions faites, le régiment se met en route pour rejoindre le reste de la brigade à la Neuville, où il est placé en réserve avec comme mission la défense du pont de la localité au sud du canal. Le colonel Masson souligne que le régiment, "épuisé, réduit à 450 hommes, ne peut être utilisé offensivement"

Dans le même temps, le reste de la brigade (224° et 228°) renforcée par le 319° RI reçoit l'ordre de tenir la cote 100 conquise la veille. La pression exercée par l'artillerie et l'infanterie ennemies ne diminue pas, bien au contraire, et les mouvements de repli commencés dès le matin s'accélèrent en milieu de journée. Le 224°, puis le 228° et enfin le 319° évacuent la cote 100 et refluent en désordre vers la Neuville.

Au cours des combats qui se sont déroulés toute la journée, le 224° dit avoir été aux prises avec une colonne ennemie, qui s'avançait revêtue de capotes et uniformes français en faisant sonner le "cessez le feu". Une compagnie du 224° a ouvert le feu, mais a dû se replier devant la violence de l'attaque. Ce régiment a, lui aussi, subi de très lourdes pertes au cours de la journée puisque 806 hommes ont été tués ou sont blessés.

De son côté, le 329° a encore perdu quelques hommes en ce mardi; pour les 2 jours qui viennent de s'écouler, le JMO fait état de 50 à 60 tués (83 fiches MDH trouvées pour les 14 et 15 septembre), 350 blessés soignés par les médecins du régiment, 100 autres, blessés plus légèrement, et entre 150 et 200 disparus. Plus de 700 hommes ont été mis hors de combat !

Le colonel Masson adresse une note au général Néraud, dans laquelle il déclare :"certaines unités sont privées de chefs et mélangées avec d'autres. L'ordre et la cohésion n'existent plus...toute action vigoureuse de l'ennemi pourrait amener une situation des plus critiques...beaucoup de blessés à évacuer...les sections de mitrailleuses sont presque toutes détruites...Beaucoup de chevaux ont été tués. Les régiments de la 106° brigade n'ont absolument rien à manger, leurs vivres de réserve sont épuisés depuis longtemps."

11h00, Joffre adresse le télégramme suivant :"il semble que l'ennemi veuille accepter une nouvelle bataille sur des positions organisées au nord de l'Aisne, de la Vesle et de la Suippes où ses arrière-gardes paraissent se renforcer...Prendre des mesures méthodiques d'attaque...en organisant progressivement le terrain conquis".

Les Allemands acceptent la bataille, la poursuite est terminée. Cette volte face surprend le commandement français qui espérait bien continuer la poursuite jusqu'à la Meuse, voire plus loin. Les Allemands opposent une résistance acharnée en utilisant au mieux le relief (forêts de l'Oise; chemin des dames; vallée de l'Aisne) et en s'appuyant à des organisations défensives, bien que construites à la hâte, pour stopper la progression des troupes alliées (source AFGG).

A 16h00, le colonel Masson signale que "le 329° a quitté La Neuville sans que je sache par ordre de qui, ni sa nouvelle destination, ni à quel moment" !

Mercredi 16 septembre

La 69° division, à laquelle est toujours rattachée la 106° brigade, doit se maintenir sur le front qu'elle occupe, alors que le 18° corps doit attaquer Prouvais et Pontavert au nord de L'Aisne. Cette attaque sera finalement remise au lendemain.

A 6h00, le général Néraud informe le général commandant le 4° GDR que la 106° brigade est maintenant installée dans des tranchées profondes face aux cotes 91 et 100. Si la troupe a bien été ravitaillée en vivres, il n'en va pas de même pour l'artillerie qui n'a pas été ravitaillée...en munitions !

De son côté, le 329° fait mouvement pour rejoindre le moulin près de Cormicy, où se trouvent déjà d'autres unités de la division. A 10h00, le lieutenant-colonel Thiry qui commande le régiment, est blessé à la main et demande à être évacué vers le village. Le capitaine Voirin prend provisoirement le commandement du 329°, et déclare, dans un compte rendu, qu'au moment où le lieutenant-colonel commandant le régiment a été blessé, ordre a été donné, "on ne sait par qui" (souligné), de retraiter. Le capitaine Voirin donne l'ordre de réoccuper les positions, et constate que les tranchées sont occupées par des éléments de différents régiments.

Dès que la situation le permet, le commandement du régiment est transmis au capitaine Le Traon.

La pluie, qui tombe depuis 2 jours, a cessé vers midi.

Vers 16h00, le régiment doit se porter à La Chapelle, située au nord-ouest de Cormicy, et de s'y établir en réserve du 4° GDR.

Le groupe de brancardiers divisionnaires est pris à partie à Sapigneul alors qu'il arbore les insignes de la "Croix de Genève"; triste bilan : 1 mort, 4 blessés et 2 chevaux tués.

Jeudi 17 septembre

La Neuville est attaquée à 2h00 du matin; l'attaque est repoussée, de nombreux Allemands courent vers nos tranchées pour se rendre. Ils appartiennent aux 16° et 17° régiments d'infanterie (des Prussiens), et déclarent que leurs pertes sont considérables. "Nombreux cadavres devant le front de nos tranchées" note le JMO de la brigade.

Dans le même temps, la 53° division enlève la partie nord de Berry-au-Bac et, à 16h20, le colonel commandant la 106° brigade demande de faire battre les lisières d'un bois qui, aux dires des tous les prisonniers faits, sont garnies par environ un bataillon et une section de mitrailleuses.

Nouveau déplacement pour le 329° qui doit gagner l'est de Berry-au-Bac dès que la ferme du Choléra aura été prise par le 1° corps, qui renoncera à cette attaque.

Alors que l'ensemble du front de la V° Armée reste soumis à de nombreuses offensives, le front devant le 4° GDR est stable.

Le Général Franchet d'Espérey rend visite au 4° GDR, et adresse ses félicitations au Général Valabrègue pour la bonne tenue des troupes placées sous son commandement.

Vendredi 18 septembre

 

Les attaques qui devaient être menées par les 1° et 18° corps sont reportées, soit parce que des unités, devant y participer, n'ont pas rejoint leur point de départ, soit parce que les autres unités, soumises à de violents bombardements d'artillerie ne peuvent bouger ! 

Ordre est donné au 329° de se rendre à La Neuville. Le régiment est utilisé pour la confection d'une ligne de résistance destinée à abriter les troupes défendant le canal de l'Aisne à la Marne.

Ce travail devait être réalisé en collaboration avec une compagnie du génie, qui finalement ne pourra pas rejoindre. C'est donc avec ses seuls outils, environ 100 pelles, que le 329° organise 3 centres de résistance sous le feu incessant de l'artillerie ennemie qui lui cause quelques pertes.

vanni_res

 

 

 Le commandant Vannières, du 148° RI, est nommé lieutenant-colonel et prend le commandement du 329°

 

 

Le capitaine Le Traou est promu chef de bataillon, et prend le commandement du 5° bataillon.

Le régiment bivouaque sur place; il pleut, il fait froid, un vent violent souffle toute la nuit.

Au soir, la situation de la V° Armée est difficile, les troupes étant épuisées par 5 journées de durs combats, et décimées par une artillerie lourde ennemie non contre-battue, faute de matériel suffisant.

Pendant ces journées, le JMO du service de santé divisionnaire fait état de plusieurs centaines de blessés évacués vers les ambulances de l'arrière. L'ambulance n° 3 (sucrerie de Berry-au-Bac) reçoit des obus, et se trouve dans une situation critique; elle se replie, laissant une soixantaine de blessés à la garde de 2 aides majors, qui occupent une petite ambulance créée par les Allemands lorsqu'ils occupaient le village.

 

Samedi 19 septembre

Le régiment poursuit les travaux entrepris la veille.

L'ensemble du 4° groupement reste mobilisé à la défense du front qu'il occupe, et ne doit s'attendre à aucun renfort.

"La mission du GDR est de tenir énergiquement contre une attaque venant de l'est..." (ordre 600/3 de Franchet à Valabrègue en date du 19 septembre 1914)

Berry est soumis à un feu violent d'obusiers de 150 mm qui rend les positions intenables.

berry

La 53° division reçoit mission de détruire les 2 ponts sur le canal à Berry-au-Bac, et le pont de Sapigneul. A 17h45, les 2 ponts de Berry ont sauté; celui de Sapigneul saute à 16h00, mais il subsiste une brèche qui permet de passer un par un. La décision est prise de laisser les choses en l'état.

Les archives du 4° groupement de divisions de réserve font état, pour la période du 13 au 19 septembre, de 63 tués ou disparus et 108 blessés chez les officiers, et de 5828 hommes tués, blessés ou disparus. 6000 hommes hors de combat !

Le colonel Masson, qui commande la 106° brigade, note :"La Neuville est un hameau bouleversé par les obus, rempli de corps et de débris de toute nature; il est inhabitable et devient un foyer d'infection". Il reçoit néanmoins l'ordre de s'y maintenir, "c'est de la plus haute importance" lui répond son commandant de division.

Un groupe de brancardiers divisionnaires est envoyé à Berry-au-Bac pour tenter de ramener les 60 blessés qui s'y trouvent. Il doit provisoirement abandonner sa tentative devant le feu intense qui fait rage dans le secteur. Une nouvelle tentative réussit dans la soirée du 20 septembre, et les blessés sont transférés à Bouffignereux (ambulance n° 4).

Dimanche 20 septembre

L' ennemi déclenche une vigoureuse offensive au nord de l'Aisne

 Le groupement reçoit mission de durer, de tenir sur place, d'économiser les forces placées en première ligne, de renforcer les tranchées. A 9h15, le général Valabrègue, dans un message téléphoné à l'état major de la V° Armée, signale le retrait des forces placées devant lui dans la région de Berry-au-Bac, "elles paraissent se retirer vers la Ville-aux-Bois pour participer à forte attaque allemande prononcée direction Pontavert".

Un peu plus tard, il indique que les forces qui occupaient les cotes 91 et 100 semblent se retirer vers Aguilcourt.

 

L'ensemble de la gauche du front de la V° Armée est violemment attaquée, Franchet d'Espérey fait donner sa réserve. Dans l'après-midi, constatant que l'attaque allemande diminue d'intensité, les Français réagissent tout aussi violemment et reprennent une grande partie du terrain perdu quelques heures auparavant.

Les armes françaises sont victorieuses, et le commandant de la V° Armée adresse ce message au G.Q.G. :

shd_137

                                                                                                                                 source AFGG

Franchet adresse ses félicitations aux 1° er 18° CA; pas un mot pour le 4° Groupement !

Toute la journée, le 329° effectue des travaux d'organisation de ses tranchées dans le secteur de Cormicy, où il est harcelé par l'artillerie ennemie qui cherche notamment à atteindre le poste de commandement du régiment.

Aisne_1914_002
note du Général Journée au Général Valabrègue
emplacements des unités à 12h00

A 17h30, ordre est donné au 329° d'aller remplacer le 287° à Berry-au-Bac, et d'assurer la garde des ponts sur l'Aisne et le canal. La présence du régiment est effective sur ses nouvelles positions à 18h30.

Dans une note au commandant de la V° Armée, le général Valabrègue signale que l'artillerie du groupement, principalement l'artillerie lourde, vient d'être très éprouvée ce dimanche, et qu'elle se trouve réduite à la moitié de son effectif !

Lundi 21 septembre

Après permutation des 106° et 137° brigades, rentrées chacune dans leurs divisions respectives, la situation est la suivante dans ce secteur :

valabr_gue_033

 

Situation inchangée; le régiment stationne à Berry-au-Bac, mais le colonel Masson, qui commande la 106° brigade dit ne pas en avoir de nouvelles (?).

Une patrouille du 287° RI découvre 200 morts allemands dans une tranchées abandonnée. Ces hommes appartenaient aux 26° et 53° régiments d'infanterie.

Une reconnaissance aérienne anglaise signale une importante concentration de troupes près de Corbeny (2 divisions), de Juvincourt (1 division), d'Amifontaine (1 division) au nord de Berry-au-Bac, et d'Aguilcourt (1 brigade d'infanterie et 3 batteries d'artillerie) à l'est.

Les blessés continuent d'arriver à l'ambulance n° 4.

 

Mardi 22 septembre

54 hommes de la 19° compagnie du 329° sont envoyés en reconnaissance sur la ferme du Choléra, distante de 1200m, après qu'une information ait déclaré cette ferme abandonnée par les Allemands. Effectivement, en approchant, les hommes aperçurent des uniformes français qui évoluaient dans ce secteur, certainement des hommes de corvée.

Continuant à avancer, les hommes de la 19° compagnie sont bientôt fusillés à bout portant par un feu provenant de la ferme et de tranchées invisibles situées à proximité. Aucun homme ne reviendra ! Tous les hommes sont tués, blessés ou prisonniers, victimes de cette ruse déloyale.

 

Dans son rapport, le lieutenant de Lassat de Pressigny, commandant de la 19° compagnie, confirme avoir vu, depuis l'endroit où il se trouvait, des uniformes français, ayant baïonnette au canon, sortir des tranchées et venir s'emparer de ceux de ses hommes encore valides.

Le lieutenant-colonel Vannières ajoute qu'il voit très bien, à la jumelle, des fantassins aller et venir, certains en uniforme allemand, d'autres en uniforme français (peut-être des prisonniers que l'on fait promener intentionnellement devant le front).

A 14h00, arrivée de l'ordre général n° 52 qui indique que la V° Armée attaquera le lendemain.

La 53° DR prend comme objectif la cote 91.

53__020

 

Le 329° réoccupera le nord de Berry-au-Bac; 1 bataillon (le 6°) se portera en soutien du 1° CA (2° DI) qui attaquera le Choléra, l'autre se maintiendra à Berry et défendra les différents passages sur l'Aisne.

Mercredi 23 septembre

Une journée d'enfer commence.

Au petit matin un brouillard opaque enveloppe tout le secteur du Choléra, et empêche l'artillerie de tirer. Les tirs ne pourront commencer qu'à 08h30.

C'est avec retard que le 1° CA (8° RI de la 2° division) entreprend l'attaque du Choléra. "L'attaque du 1° corps a commencé; les premières chaînes de tirailleurs sont encore à 1500m du Choléra" (message téléphoné à 10h20).

A 10h35, l'état major de la 53° DR signale que l'attaque du 1° CA "ne semble pas progresser". A 10h40, le général commandant la 105° brigade annonce que la progression de ses unités est lente; en fait, la 69° DR est stoppée à 400m des tranchées ennemies, certaines unités se sont même repliées. Les pertes sont déjà très importantes.

berry2

 A 11h20, le 1° corps fait savoir que la ferme a été enlevée, mais que le 8° RI, face aux tranchées allemandes, ne progresse plus. Il demande l'appui du bataillon du 329° par le sud-est "pour assurer le succès commun, sinon le front serait accru de 1 kilomètre".

 Le 6/329° se met en route vers midi. Sa progression est rendue pénible par les tirs d'artillerie lourde allemande.

 A 13h15, un compte rendu du colonel Masson (commandant la 106° brigade) fait état d'une progression très lente du 1° CA sur le Choléra "la corne du bois où il est arrivé est à 1200m du Choléra" ! Quand au 6/329°, "son mouvement paraît très difficile à exécuter sous le feu de la grosse artillerie; feu très violent , cependant il est en cours. Je crains qu'il soit pris à revers". La situation est devenue intenable pour tous les corps engagés.

A 14h30, l'officier de liaison du 1° corps confirme que le Choléra est occupé, et "qu'il fond sur le bois de la Miette". Le colonel Masson émet néanmoins des doutes sur cette occupation, le 8° RI étant stationnaire, sans motif apparent, à 800m du Choléra.

Les combats font rage tout l'après-midi; un drachen lâche des obus explosifs sur un bataillon de la 53° DR.

Sur ordre du général commandant la 53° DR, le colonel Masson envoie un message au lieutenant-colonel Vannière : aller relever le 1° CA à la ferme du Choléra. C'est toujours le 6° bataillon (Commandant Roger) qui est à l'ouvrage.

Il parvient à avancer de 400m, mais est stoppé par des coups de fusils provenant des tranchées situées devant la ferme.

S'en suit une série d'échanges de messages entre le chef de corps et le chef de bataillon. Le lieutenant-colonel Vannières écrit au commandant Roger que le commandant de la division affirme "pour la 3° fois", que le Choléra est bien occupé par le 1°CA. A 15h20, le commandant Roger répond "j'affirme que je reçois des balles de la ferme du Choléra, peu nombreuses il est vrai; j'en suis à 700m, et je n'aperçois pas un homme (souligné) du 1° CA. Les tirailleurs du 8° RI sont toujours visibles et immobilisés à 800m environ à l'ouest du Choléra". Il termine en ces termes "la situation ne semble donc pas conforme aux renseignements que vous communique le 1° CA".

Le colonel commandant la 106° brigade rapporte ces échanges au commandant de la division, tout en lui donnant l'assurance que le bataillon Roger allait, malgré tout, tenter de reprendre sa progression en avant.

A 18h30, le colonel Masson rend compte au général Journée que l'attaque du 329° "nullement appuyée par le 1° corps" a échoué devant le Choléra après des pertes sensibles (20 tués). "Le 329° s'est replié sur Berry où je le maintiens; il est impossible au 329° de renouveler son effort, ses pertes sont sérieuses, le commandant Roger a été tué".

De son côté, dans un rapport adressé le 28 septembre au général Franchet d'Espérey, le général Valabrègue déplore les inexactitudes contenues dans les comptes rendus du 1° CA, et conclut "je crois devoir attirer votre attention sur la nécessité d'empêcher le retour de semblables erreurs, qui sont de nature à arrêter l'élan des troupes, et à les rendre plus circonspectes dans les opérations offensives qui leur sont prescrites sur le front".

Il écrira par ailleurs "face au Choléra, le 329° RI a subi de lourdes pertes, et a dû reculer. Le 8° RI n'est arrivé qu'à 500m de l'objectif. Le 329° a trouvé l'ennemi alors qu'il croyait trouver le 8° RI".

On ne peut être plus clair !

Jeudi 24 septembre

A 5h30, réception d'un ordre stipulant que les attaques seront reprises ce matin.

berry3

Le 329° devra attaquer à 8h00 depuis Berry vers le Choléra dont il assurera l'occupation. Il sera remplacé à Berry par le 224° RI.

Cette attaque sera menée conjointement avec le 8° RI (1° CA).

Le 329°, qui a subi de lourdes pertes la veille ("les pertes du 23 se montent à 135 tués, blessés et disparus; en chiffre rond, il reste 1000 hommes au 329°, je n'ai pas un officier pour 2 compagnies" déclare son chef), s'est replié dans Berry-au-Bac sud. Son ordre d'attaque est le suivant : 5° bataillon et section de mitrailleuses, en 1° ligne, devront occuper Berry nord pour pouvoir ensuite déboucher et lancer leur attaque. Une compagnie du 6° bataillon se tiendra en arrière du 5° bataillon, et une autre compagnie occupera les tranchées au nord de Berry dès que l'attaque aura commencé, et se tiendra prête à intervenir en soutien.

Deux tentatives de sortie de Berry se soldent par des échecs, le régiment étant arrêté devant le pont sur l'Aisne sans pouvoir avancer. Les Allemands, profitant de la nuit, ont réoccupé Berry nord!

Le lieutenant-colonel Vannières demande que Berry soit bombardé afin de lui permettre de se lancer sur le Choléra.

Un premier bombardement, à 13h00, ne donne rien, les coups étant tirés trop longs. Un deuxième bombardement, de 14h45 à 15h45, ne donne pas davantage de réussite. Une nouvelle tentative du 5° bataillon se solde par la perte de 15 hommes pour 25m de chaussée franchie !

Le bombardement de Berry par l'artillerie de la 53° DR se poursuit sans relâche pour permettre au 329° d'avancer.

A 18h20, le commandant du régiment signale avoir fourni des indications à l'artillerie pour qu'elle recommence les bombardements. Il dit qu'il va tenter de nouveau un passage, et qu'il espère occuper Berry nord au soir.

A 19h45, le lieutenant-colonel Vannières annonce qu'il occupe les lisières nord et est de Berry-au-Bac nord.

Vendredi 25 septembre

Les opérations de la 2° DI reprennent à 8h00 en direction du Choléra.

Le 5° bataillon du 329° déploie toutes ses compagnies en 1° ligne afin de donner le maximum de feu sur les tranchées ennemies situées à l'est du Choléra.

A 08h50, le général Valabrègue ordonne d'organiser solidement Berry nord afin de résister à toute attaque, notamment d'artillerie.. A 16h50, le lieutenant-colonel Vannières annonce que Berry est fortement organisé, que les tranchées sont couvertes, et qu'il va faire exécuter quelques travaux de flanquement pendant la nuit.

A 09h20, le 329° est informé du report de l'attaque contre le Choléra.

A compter de ce jour, le 329° RI est constité à 2 bataillons de 2 compagnies.

Samedi 26 septembre

Vers 10h00, une reconnaissance allemande, venue des tranchées situées à l'est de la ferme du Choléra, réussit à se glisser entre les 2 branches du canal, jusqu'au pont central de Berry. Une importante fusillade éclate, l'artillerie française entre en action, l'attaque est repoussée. On enregistre quelques pertes côté français dont 2 tués, et plusieurs tués côté allemand, dont probablement l'officier qui commandait l'attaque. D'après les insignes relevés, les Allemands appartiennent au 16° d'infanterie; un blessé a déclaré appartenir à des renforts arrivés la veille dans ce secteur.

Dimanche 27 septembre

Situation inchangée; le 329° occupe Berry nord, le 224° occupe la partie sud.

berry1

 

 

 L'ennemi est au Choléra et à la cote 108.

 

 

 

 

Comme chaque jour, un violent bombardement s'abat sur Berry, incendiant et détruisant les immeubles les uns après les autres...

Lundi 28 septembre

Le bombardement de Berry se poursuit.

A 11h00, un obus détruit une maison dans laquelle le sous-lieutenant Marcel Galland, ancien élève de HEC et commandant de la 24° compagnie, avait établi son PC. L'officier est tué ainsi que le sergent-major de la compagnie, le fourrier et 2 autres hommes.

Le bombardement se poursuit jusqu'à 20h30 !

Mardi 29 septembre

Journée sans incidents particuliers; on peut nettement voir les Allemands travailler sur la cote 108 et devant le Choléra, où ils déploient des réseaux de fils de fer barbelés.

Mercredi 30 septembre

Par ordre du général en chef, le 4° groupement de réserve est dissout; les 2 divisions (53° et 69°) qui le composaient et l'artillerie lourde qui leur était rattachée sont placées sous les ordres du général commandant le 1° corps d'armée (général Franchet d'Espérey).

L'ennemi poursuit ses travaux devant notre front.

Le lieutenant-colonel commandant le 329° RI signale que les tirs de notre artillerie sur la crête 108 n'ont produit aucun effet, que l'ennemi ne bouge pas et qu'il continue de fusiller les hommes du 205° qui essaient de progresser.

Jeudi 1° octobre

Le lieutenant-colonel Vannières transmet au commandant de la 106° brigade des informations recueillies par le lieutenant de Pressigny sur les positions ennemies au Choléra, en précisant que "cette reconnaissance et ce travail, exécutés avec la conscience que met le lieutenant de Pressigny à tout ce qu'il fait peuvent servir à une reconnaissance aérienne et à une action de notre artillerie".

Vendredi 2 octobre

Le commandant du 329° signale que le 110° RI, à sa gauche, a abandonné ses tranchées face au Choléra sans prévenir, et qu'il s'est replié sur l'Aisne. En fait, ce régiment a poussé plus avant ses tranchées de 150m.

L'ennemi a poursuivi ses travaux, et le lieutenant-colonel Vannières dit avoir la certitude d'un chemin de fer sur la route entre le Choléra et Gernicourt.

La veille au soir, les bombardements "ont été plus terrifiants que jamais, les coups semblaient tirés à très courte distance et  se succèdaient sans intervalle, venant du nord-est".

Samedi 3 octobre

A 03h30, le 329 signale qu'il est attaqué sur tout son front sans pouvoir évaluer les forces ennemies auxquelles il doit faire face : coups de clairon; cris; attaques sans réelle importance, tirs de mitrailleuses depuis le Choléra sur la section qui creusait des tranchées pour assurer la liaison avec le 110°.

Le régiment reçoit des renforts du dépôt du 119° et de celui du 129°. L'effectif du régiment est alors de 1250 hommes.

La 53° division est relevée par la 2° brigade.

Le 329° se porte sur Jonchery-sur-Vesle, puis est dirigé sur Compiègne.