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Pierre Barnabé Jules Robert de Lassat de Pressigny est né le 22 février 1876, à 2 heures du matin, au domicile de ses parents, 16 rue de Strasbourg à Niort (Deux Sèvres).

La vie militaire du futur capitaine d'infanterie commence le 23 février 1894, quand le jeune homme, alors étudiant à Paris,  signe un engagement de 4 ans pour servir au 137° régiment d'infanterie à Fontenay-le-Comte (Vendée).

Il a alors 18 ans, mesure 1m71, a les yeux bleus et les cheveux châtains.

Il devient caporal en septembre 1894, sergent en juin 1895, sergent-fourrier en janvier 1897.

Admis à l'école de Saint-Maixent, il y entre le 13 avril 1898, et en sort sous-lieutenant le 31 mars 1899. Il est affecté au 153° régiment d'infanterie à Toul (Meurthe et Moselle).

Il est nommé lieutenant en avril 1901, et, le 15 août de la même année, il abandonne le 153° pour le 31° RI.

Il quitte provisoirement l'armée en 1904, bénéficiant d'un congé de 3 ans; il demande à être réintégré au bout de 2 ans. Il sert d'abord au 136° RI, puis est affecté au 129° RI du Havre le 14 novembre 1906.

 

 

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                                                                            photo François de Lassat

 

Le 26 novembre 1906, il épouse, à Saint-Pierre Quilbignon (Finistère), Marie Alix Lucile Anne Joséphine de Kerros. Le couple aura 2 fils, Robert Barthélémy Marie, né le 30 mars 1908 au Manoir de Kerbonne en Saint Pierre Quilbignon, aujourd'hui Brest, et Jacques Georges Marie, né le 5 février 1914 à Paris 17° arrondissement.

Il est ensuite versé dans la réserve, s'établit à Paris où il travaille dans les assurances jusqu'à son rappel, le 2 août 1914, suite à la mobilisation générale. Il est promu capitaine de réserve à titre temporaire le 18 octobre 1914, et à titre définitif le 12 décembre 1914.

A l'entrée en guerre, celui qui n'est encore que lieutenant commande la 19° compagnie; c'est le seul lieutenant commandant de compagnie du 5° bataillon, les 3 autres étant des capitaines.

Après la bataille de la Marne, le régiment participe à la poursuite des Allemands au sein de la V° Armée (Franchet d'Esperey). Cette poursuite prend fin sur les bords de l'Aisne, et le 329° participe aux durs combats de la deuxième quinzaine de septembre (cf la première bataille de l'Aisne)

22 septembre 1914 : le commandant du 329° reçoit l'ordre d'envoyer des patrouilles destinées "à s'assurer du contour apparent de l'ennemi" !

Dans une note rédigée le 25, et adressée au chef de bataillon Le Traon qui dirige le 5° bataillon, le lieutenant de Lassat de Pressigny dénonce "la ruse déloyale" employée par l'ennemi. La section envoyée vers le Choléra, forte de 54 hommes, est anéantie; tous ses hommes sont tués, blessés ou faits prisonniers. Les hommes aperçus précédemment près de la ferme du Choléra, habillés avec des uniformes français, étaient en réalité des Allemands qui tirèrent à bout portant sur les hommes de la section, dès que ceux-ci arrivèrent à proximité. Le lieutenant dit avoir constaté de lui-même que "des individus, habillés d'uniformes français, faisaient des allées et venues le long des tranchées allemandes, faisant croire qu'elles étaient occupées par nos troupes". Il poursuit en disant avoir été témoin des mêmes faits le 24 au soir, après la reprise de Berry-au-Bac.

En décembre 1914, le régiment est dans la Somme. Le 17, le capitaine de Lassat de Pressigny est à la tête d'un peloton qui doit prendre à revers des tranchées allemandes sur la route de Péronne. Ce peloton est arrêté par un feu nourri de 2 mitrailleuses ennemies, et compte 18 tués ou disparus et 37 blessés.

Le 7 janvier1915, l'ordre n° 508 du Grand Quartier Général indique :" Monsieur de Lassat de Pressigny, P.B.J.R., capitaine à titre temporaire au 329° régiment d'infanterie, a été nommé dans l'ordre de la Légion d'Honneur au grade de Chevalier. Brillante conduite dans tous les combats. Par son énergie, son calme, son sang froid, et par l'exemple de la plus grande bravoure, a fait de la compagnie qu'il commande depuis le début de la campagne une unité toujours prête aux missions les plus périlleuses et au plus grand dévouement" signé J.Joffre.

Cette nomination donne lieu à un événement assez exceptionnel : tous les hommes de sa compagnie lui offrent 2 croix de la Légion d'Honneur; une de taille réglementaire, dont les branches de la croix étaient ornées de brillants pour mettre sur sa tenue militaire, une plus petite, montée comme la précédente, pour mettre sur une tenue civile. Dans le discours prononcé à cette occasion, un des hommes de la compagnie, un "des crottés, des obscurs, des parents pauvres" comme il se présente,  parle de leur capitaine comme d'un père, celui qui protège, celui qui réprimande aussi ("chez nous il y a aussi des enfants terribles"). Il termine par ces mots :"au nom des vos qualités et de votre attachement , nous, officiers, sous-officiers, caporaux et soldats de la 19° compagnie, nous vous faisons Chevalier de la Légion d'Honneur".

Par décret en date du 22 janvier 1915, "est promu pour prendre rang à dater du dit jour au grade de Capitaine à titre définitif, Monsieur de Lassat de Pressigny, capitaine à titre temporaire au 329°".

Le 1° mars 1915, le capitaine de Lassat prend le commandement de la compagnie de mitrailleuses.

En mai et juin 1915, le capitaine de Lassat participe, à la tête de sa compagnie, aux combats d'Artois qui se révèleront très meurtriers pour le régiment. La journée du 11 mai est particulièrement éprouvante. Le JMO indique que les pertes peuvent être estimées à 80 hommes par compagnie; le lieutenant-colonel commandant le régiment est blessé ainsi que le commandant du 5° bataillon. "Le cadre des officiers de compagnie a été réduit de moitié dans la matinée alors que le régiment était en position d'attente sur ses positions de départ, suite à un violent bombardement".

Le 2 juillet, son chef de corps lui décerne l'appréciation suivante :"rend les plus grands services comme commandant de la CM; resté sans interruption ni repos sous le feu pendant 46 jours. Parfaitement apte à exercer le commandement d'un bataillon".

Le 18 septembre, le régiment arrive en Champagne; le 26, il participe à une attaque d'envergure destinée à prendre la butte de Tahure. Au soir, le 5° bataillon, rejoint par l'état-major du régiment, est retranché de part et d'autre de la route Tahure-Souain. Le lendemain matin, la zone occupée par le bataillon est soumise à un violent bombardement. Le capitaine de Lassat est tué à 7h00, vraisemblablement enseveli, de même que le lieutenant-colonel Ricour, que le commandant du 5° bataillon, le capitaine-major, le sous-lieutenant porte-drapeau du régiment.

Le 21 octobre 1915, le capitaine de Lassat est cité à l'ordre de l'Armée en ces termes :"officier qui s'est déjà distingué depuis le début de la campagne. Au cours d'un bombardement d'artillerie lourde, a été mortellement atteint à son poste de combat le 27 septembre 1915 en donnant l'exemple du plus brillant courage".

 

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                                                                                                         document François de Lassat

Les cendres du capitaine de Lassat de Pressigny ont été déposées, le 17 février 1922, au cimetière de Brest Recouvrance, sur la commune de St Pierre Quilbignon (Finistère).

Merci à Monsieur François de Lassat de Pressigny, petit-fils du capitaine Pierre Barnabé Jules Robert de Lassat de Pressigny, et à sa famille, pour les documents et informations fournis, et pour l'autorisation qu'ils m'ont donnée de les faire paraître ici.