Le 1er juillet, une messe est célébrée en mémoire des hommes du régiment morts pour la France.

Le 9 juillet, la 158° DI, passée sous les ordres du 3° CA, apprend qu’elle devra relever la 6° DI, dans le secteur du poteau d’Ailles, dans la nuit du 12 au 13.

Le régiment quitte ses cantonnements et est transporté par camions jusqu’à sa nouvelle destination, Paissy, où il arrive le 12 juillet. Il relève le 28° RI et effectue des travaux de nuit destinés à sécuriser le secteur.

Le 13 juillet à midi, le général commandant la 158° DI prend le commandement du secteur d’Ailles, et le 14, il reçoit mission d’attaquer la tranchée de Franconie et la courtine du poteau d’Ailles, de s’en emparer, de reconnaître les galeries souterraines débouchant dans la tranchée ou aux abords immédiats, de les nettoyer, les exploiter ou éventuellement de les fermer.

Cette opération se déroulera le 15 juillet à 16h30, et sera assurée par le bataillon Hugo (6° bataillon) actuellement en réserve à Paissy, accompagné par une compagnie du génie.

Un appui d’artillerie lourde sera effectué à H – 2, destiné à détruire totalement la tranchée et la courtine, et à briser le moral des défenseurs. L’artillerie de campagne précèdera l’infanterie pour empêcher l’ennemi de sortir ses mitrailleuses dans l’intervalle de temps entre le passage du dernier obus et l’arrivée des fantassins.

L’avion d’infanterie de la DI sera engagé, un poste de pigeons mis à la disposition du commandant de l’attaque ; les hommes auront 2 jours de vivres, les bidons remplis.

La progression de l’attaque est déterminée à raison de 100m en 4 minutes.

Une fois la tranchée prise, elle sera immédiatement organisée, couverte d’un réseau de fils de fer.

Le bataillon Hugo quitte Paissy à 18h00 pour monter en ligne et relever un bataillon du 224° RI. Dans la nuit, le commandant Hugo envoie des patrouilles constater l’état du terrain qui se révèle très mauvais : « ce n’est qu’une succession de trous d’obus, dont certains sont très profonds et en partie pleins d’eau. Il reste par endroits des traces d’anciens réseaux de fils de fer à moitié recouverts. D’une façon générale, la progression ne paraît pas pouvoir être rapide ; elle rencontrera de réelles difficultés (souligné) ; cependant, les défenses ennemies ne paraissent pas, en leur état actuel, constituer un obstacle sérieux ».

La préparation d’artillerie se déclenche à l’heure prévue, mais les tirs sont trop courts et causent des pertes à la 22° compagnie placée à gauche de l’attaque.

A l’heure H, les sections de 1ère ligne tentent vainement de franchir le parapet de la tranchée de départ ; elles doivent se replier immédiatement sous l’effet des tirs de barrage ennemis. Une quinzaine d’hommes sont tués ou portés disparus, une vingtaine sont blessés ou contusionnés. Le commandant est l’une des premières victimes ; à 16h30, alors qu’il quitte son PC situé dans la tranchée de 1ère ligne pour voir déboucher son bataillon, il tombe atteint par un éclat d’obus. Le bombardement ennemi va durer 1h 30, rendant toute circulation entre les boyaux impossible ; la mort du commandant Hugo ne sera connue de son adjudant-major, le capitaine Ronfort, et du lieutenant-colonel Desbareau, qu’à 18h00.

A 19h00, un message reçu par le commandant du 329° RI, indique que les tranchées sont complètement bouleversées (souligné).

Un compte rendu du commandant de la compagnie 14/14 du génie qui participe à l’attaque aux côtés du 329° indique que la compagnie de gauche (la 22°) n’a pu sortir, que la compagnie de droite (la 23°, celle de René Rucheton) a atteint les lignes ennemies, mais a dû refluer, violemment contre-attaquée à la grenade et au lance flammes ; elle revient avec 3 prisonniers.

Suite à cette action, la nuit qui suit est décrite comme « très agitée ».

Le 17, le bataillon de Lantivy relève à son tour un bataillon du 224° en 1ère ligne, alors que le 3ème bataillon du 329° est placé en réserve dans le ravin de Moulins, et le bataillon Ronfort, qui a remplacé le commandant Hugo, est en réserve à Paissy.

Des patrouilles sont faites en avant des lignes dans la nuit du 17 au 18 ; l’une d’elles parvient jusqu’aux lignes ennemies tout en subissant, par intermittence, des tirs de mitrailleuses postées sur la gauche. « Le terrain est impraticable, les tranchées sont plus ou moins comblées, des trous d’obus, certains profonds de 2m, forment des fossés difficiles à franchir ; le terrain est en outre parsemé de broussailles, de fils de fer, de piquets en bois ou en fer rendant la marche pénible et l’avance particulièrement lente ; le réseau ennemi est continu et semble avoir été renforcé récemment par des boudins type Ribard, fixés au sol par des piquets. La tranchée ennemie est occupée, des bruits de pelles étant entendus ».

Dans l’optique d’une nouvelle attaque, une patrouille est envoyée reconnaître le terrain le 19 juillet ; elle quitte le boyau d’Arras à 2h05 et s’engage sur un terrain complètement bouleversé. Découverte par des fusées éclairantes, elle subit des tirs de mitrailleuses et doit revenir à son point de départ.

Le sergent Nolin de la 13° Cie, qui commandait la patrouille, écrit « n’avoir pas trouvé de cheminement praticable, que les hommes ne pourront progresser que par petits groupes de 3 ou 4 sautant de trous d’obus en trous d’obus. Certains de ces trous atteignent 3m de profondeur et sont remplis d’eau ; plusieurs mitrailleuses battent le terrain ».

Le capitaine Caboche confirme que le secteur occupé par sa compagnie (la 13°) est dans un état déplorable par suite de marmitage quotidien et des pluies. « L’espace compris entre notre 1ère ligne et la tranchée boche est un chaos indescriptible. En vue de l’attaque, il faut aménager la tranchée de 1ère ligne (tranchée de Berne) de façon à pouvoir y masser les compagnies d’attaque, trouver une formation permettant d’avancer dans un ordre relatif ; dans le cas où l’attaque se ferait dans les conditions actuelles, les troupes massées dans la tranchée de Berne ne seraient à l’abri ni des vues ni des obus, et seraient écrasées avant de déboucher ».

Même son de cloche à la 14° Cie qui a effectué une patrouille entre minuit et 3h00 : « le terrain est complètement bouleversé, les trous d’obus remplis d’eau, et d’autres pleins de fils de fer. On trouve difficilement à se garantir des balles de mitrailleuses, la descente dans ces conditions étant interdite. Des petits postes ennemis sont établis dans des trous d’obus ».

Partout la situation est décrite avec inquiétude : « la tranchée de Berne, devant servir de parallèle de départ est très mauvaise depuis quelques jours. Par endroits c’est un cloaque ! En résumé, il ne peut être défini d’itinéraire, chaque homme peut, en sortant, choisir le sien ».

Des travaux sont pourtant exécutés par les hommes pour remettre en état les tranchées et boyaux, mais les deux artilleries s’acharnent à détruire ce que les hommes ont réparé ou construit ; une fois encore l’artillerie française tire trop court démolissant les organisations de 1ère ligne et les barricades ! Le colonel Guyot, commandant l’infanterie divisionnaire, dénonce cette situation, et demande qu’une enquête soit diligentée et « que des ordres sévères soient donnés aux observateurs ».

L’échec de l’attaque du 15 juillet amène le général Priou, commandant de la 158° DI, à enquêter sur les causes de cet échec. Dans une note adressée au colonel Guyot, commandant l’ID 158, il demande que soit notamment établi le rôle joué par le commandant de la 22° Cie, et qu’en cas de doute un conseil de guerre soit appelé à préciser les responsabilités de cet officier. Il insiste également sur l’absence de liaison, selon lui, entre le commandant de l’infanterie divisionnaire et l’avant : « c’est inadmissible ». Il rappelle l’importance du maintien de la communication entre les différents niveaux, et ordonne que l’instruction soit reprise dans tous les régiments. « le commandant de l’ID ne devra plus tolérer, à l’avenir, qu’il puisse être pendant plusieurs heures, en cours d’opérations, entièrement isolé de son infanterie ».

En vue de la nouvelle attaque projetée, destinée à réduire la poche de Franconie, un aménagement du terrain s’impose pour permettre aux troupes de progresser avec plus de facilité.

Les reconnaissances faites par les patrouilles amènent les recommandations suivantes :

·        aménager la tranchée de 1ère ligne de façon à pouvoir y masser les compagnies d’attaque ;

                ·        trouver une formation permettant aux vagues d’assaut successives d’avancer dans un ordre relatif.

Cette attaque sera exécutée par le bataillon de Lantivy, 2 compagnies du 224° RI,  la compagnie 14/14 du génie, sous le commandement du lieutenant-colonel Desbareau.

                 180717b

 

Concourront à l’attaque, le 5° bataillon du 329°, une compagnie du 224° RI et une du 228° RI, ainsi qu’une section de lance flammes.

Une note secrète 139/0 de l’état major de la 158° DI détaille les préparatifs de l’attaque, ainsi que son déroulement idéal (vu par les officiers de l’état major !).

Le 20 juillet, vers 21h00 et après une courte préparation d’artillerie, l’ennemi attaque la barricade Franconie tenue par la 14° Cie (capitaine Meunier) ; cette attaque est repoussée avec l’appui du 224° RI.

Entre 21h00 et 22h15, 2 attaques ont lieu contre les barricades aménagées par le régiment au boyau de Belleville, et à la courtine du poteau d’Ailles ; ces 2 attaques sont violemment repoussées. Le capitaine Caboche et 6 hommes sont blessés.

La nuit est consacrée à réparer les dégâts occasionnés par le bombardement continu de l’artillerie ennemie, mais dès 2h00 du matin, après une préparation par bombes à ailettes, l’infanterie allemande lance une reconnaissance sur la barricade de Franconie, et une reconnaissance plus forte sur la tranchée Hugo ; les fantassins progressent de trous d’obus en trous d’obus, et sont repoussés par nos mitrailleuses et nos grenadiers.

A 3h00, d’autres fantassins ennemis cherchent à aborder de nouveau la tranchée Hugo ; ils sont une nouvelle fois repoussés, de même que d’autres qui, à la même heure, tentent de s’emparer de notre barrage de la courtine du poteau d’Ailles.

Dans la journée, des avions allemands survolent le secteur, dont certains à faible altitude.

Le capitaine signale que la barricade de Franconie a été, une fois encore, bombardée par notre artillerie lourde, et qu’elle devra être refaite !

Dans la nuit du 21 au 22 juillet, l’activité de l’artillerie est très intense, notamment les tirs d’une pièce à longue portée amenée par tracteur.

A 7h50, le 22 juillet, le 228° signale qu’un obus vient de tomber sur un abri dans le boyau du Toc, ensevelissant plusieurs hommes, dont certains du 329°. A 8h05, des pionniers du génie sont demandés pour dégager ces hommes ; à 8h55, un homme est signalé manquant au 228°, et à 10h00, le commandant de la 18° compagnie du 228° RI annonce que l’aumônier du 4° bataillon du 329° est sous les décombres, et qu’ « on est en train de le retirer ».

Les comptes rendus effectués par tous les officiers présents dénoncent les tirs encore une fois trop courts de notre artillerie lourde, malgré les demandes répétées d’allonger les tirs« le boyau du Toc est entièrement démoli ainsi que le réseau de fils de fer, sur une longueur de 80m il n’y a plus trace de tranchée, mais seulement d’entonnoirs énormes ».

Le lieutenant Trochu, qui commande la 18° compagnie, rapporte que les banquettes de tir sont démolies, qu’une grande partie des munitions est enfouie, les abris sont crevés ou bouchés, que des hommes ont été tués par des obus de 240 et projetés au loin dans la plaine.

Toute la journée du 22, on aperçoit de nombreuses saucisses en l’air, qui rendent très compliqués les déplacements.

C’est le dimanche 22 juillet que sont arrêtées les dernières modalités de l’attaque projetée depuis plusieurs jours ; elle aura lieu le lendemain, lundi 23 juillet à 7h00, et le 329° reçoit mission d’attaquer les tranchées de Franconie et de Camberg. Les tranchées actuellement occupées seront évacuées à H-2 pour permettre les tirs de barrage de notre artillerie, et seront réoccupées à H-30mn.

Le lundi 23 juillet à 7h00, le 5ème  bataillon prononce une attaque sur la tranchée de Franconie et la courtine du poteau d’Ailles, avec 2 compagnies du 224° RI en soutien (bataillon Grisez) ; les hommes avaient quitté les tranchées de 2ème ligne à 4h00 pour rejoindre la 1ère ligne.

Le 4ème  bataillon se tient en réserve au ravin de Moulins, près de Paissy, à environ 1200m des lignes.

Dès leur sortie, les hommes sont mitraillés ; la 18ème compagnie, à droite, est la plus touchée, perdant rapidement 40% de son effectif et la presque totalité de ses cadres. Elle réussit à pénétrer un moment dans Franconie, mais en est rapidement rejetée ; elle tente de s’accrocher au terrain à 80m environ de cette tranchée. A 7h45, des éléments du bataillon de 2ème ligne viennent l’approvisionner en grenades.

La 19° compagnie (Cie Chapelle), à gauche du dispositif, a été ralentie dans sa progression par l’état du terrain et l’enchevêtrement de fils de fer ; la 1ère vague a dépassé Franconie, mais la 2ème vague a été arrêtée par des grenadiers ennemis sortis en masse de leurs abris, et doit reculer de 80m. Le lieutenant colonel Desbareau demande au bataillon Grisez de venir appuyer vigoureusement la compagnie Chapelle.

La 17ème compagnie (Cie Calvet) est elle aussi stoppée dans sa progression et doit se replier.

A 7h50, des tirs de barrage sont demandés sur tout le front de l’attaque.

A 8h30, le lieutenant colonel Desbareau rend compte que « les combats sont très durs, l’ennemi contre attaque énergiquement »

A 8h45, le capitaine Trochu admet que l’attaque de sa compagnie a échoué. La situation des 2 autres compagnies n’est guère meilleure, et le commandant Laurrin écrit : « je ne crois pas, malgré le réel élan des hommes, pouvoir enlever Franconie avec mes seules ressources ».

A 9h55, une section du bataillon de 2ème ligne vient en appui de l’action de flanc initiée à 8h25, et destinée à faire prendre la ligne ennemie à revers.

A 10h45, le commandant Grisez rend compte qu’il progresse à la grenade, et à 11h10, il s’empare de la barricade allemande puis la dépasse; la gauche du 329° va tenter de  lier son action à celle du  224° en progressant à la grenade.

Vers 13h30, des obus tombent près du PC du lieutenant colonel Desbareau, en obstruant l’entrée, coupant les communications, et faisant sauter un dépôt de munitions.

Les combats se poursuivent une grande partie de l’après-midi, la barricade allemande étant à plusieurs reprises perdue puis reprise. A 19h00, l’ennemi, à la suite d’un violent bombardement, reprend la barricade.

L’opération est loin d’avoir atteint les objectifs fixés, et a donné lieu à plusieurs comptes rendus cherchant à expliquer les causes de cet échec.

Si le lieutenant colonel Desbareau, commandant du 329° RI, mais aussi commandant de cette opération, ainsi que le général Priou, commandant la 158° DI, rendent hommage à la bravoure des hommes, au professionnalisme des officiers, soulignent les difficultés rencontrées, notamment l’état du terrain qui a fortement perturbé la progression des troupes d’assaut, le général Lebrun, commandant le 3° CA est sévère ; il souligne que les chefs de section ont été obligés, avant l’attaque, de monter sur les parapets « pour exhorter leurs hommes », que la division a été mal renseignée sur le déroulement de l’opération, la lui faisant « voir sous un jour tout différent », que les assaillants « n’ont pas montré un mordant bien considérable ».

Dans une note au général commandant la I° Armée, le commandant du 3ème CA reconnaît cependant que la tâche n’était pas aisée : « la raison de l’échec doit être recherchée dans la non-destruction d’abris profonds ou sorties de tunnels ».

Les sorties d’abris ou de tunnels ne peuvent être découvertes sur les photographies ; le terrain apparaît chaotique, et il est impossible de situer ces sorties.

La profondeur des tunnels les met à l’abri des destructions ; un prisonnier fait état de 264 marches à descendre pour accéder aux tunnels (environ 50m) ; les occupants sont en totale sécurité, et ce même prisonnier affirme que sa compagnie en ligne depuis le 19 juillet n’a subi aucune perte ! « Au moment de l’attaque, nos troupes se trouvent avoir affaire à  des troupes de contre-attaque absolument fraîches qui surgissent à l’improviste ».

Pour cette journée, le régiment dénombre 24 tués, 65 blessés, 9 intoxiqués aux gaz et 10 disparus.

Si, le 24, l’infanterie allemande reste peu active, il n’en est pas de même de l’artillerie qui entre en action à 18h00 ; les bombardements ne cesseront que dans la matinée du 25.

                            250717t

 

La journée du 25 est relativement calme jusqu’à 18h30, heure à laquelle un violent bombardement s’abat sur tout le secteur, notamment sur les lignes de soutien. Simultanément, l’infanterie allemande sort de ses lignes, en colonnes par 8, et se dirige vers le boyau du Toc où sont établies les 1ères lignes du 228° RI. Très vite les communications sont coupées, et les liaisons entre le PC du bataillon et ses compagnies sont interrompues. La barricade de la courtine d’Ailles, tenue par des unités du 329° est enlevée ; une contre-attaque permet de reprendre les positions perdues, à l’exception de la courtine d’Ailles que l’ennemi défend farouchement. Une barricade est élevée dans le boyau du Toc que les Allemands essaient d’enlever, vainement, à trois reprises vers 19h00.

Un prisonnier de l’IR57 déclare que l’attaque allemande a été faite par au moins 3  bataillons, et que de nombreuses troupes occupent actuellement le secteur d’Ailles.

Des patrouilles sont envoyées à la recherche du 228° avec lequel le contact est rompu. Toutes les recherches restent vaines de 19h30 à minuit.

shd 209

Finalement, la 17° compagnie rejoint le 228°, et est immédiatement portée dans la tranchée de  Tulle. Le reste du 5ème bataillon arrive vers 3h30 le 26 juillet.

A 4h10, le régiment reçoit l’ordre de contre-attaquer ; à 5h00, les premiers éléments du 4ème bataillon se portent en avant, mais sont vite arrêtés par un très violent barrage d’artillerie et ne peuvent déboucher. A 8h00, ce sont les Allemands qui contre-attaquent à leur tour ; les combats, d’une rare violence, vont durer toute la matinée, faisant dire au lieutenant colonel Leroux, commandant le 228° RI « les nombreux cadavres gisant sur le terrain sont le saisissant témoignage de l’âpreté de la lutte que soutinrent nos troupes qui parvinrent, si ce n’est à empêcher, tout au moins à retarder l’avance ennemie permettant à nos réserves de résister sur les tranchées qu’elles occupaient »

A 11h00, le général Priou, commandant la 158° DI, estimant que le 329° est « trop inerte » lui intime l’ordre de marcher vers des éléments avancés.

Les combats reprennent en soirée, mais nos attaques sont à chaque fois repoussées avec force, causant de nombreuses pertes qui, pour la journée s’élèvent à 22 tués, 74 blessés et 33 disparus.

Le colonel Guyot, commandant l’infanterie de la 158° DI informe le général Priou que « le bataillon Laurrin ne compte plus que 281 hommes » !

A 11h30, le 27 juillet, la 23ème compagnie tente d’établir une parallèle destinée à se lier plus étroitement avec le 228° ; elle ne peut déboucher et doit se replier.

Le commandant de compagnie rend compte que « les hommes sont exténués de fatigue et n’ont pas mangé, les vivres de réserve ayant été laissés dans les abris pour permettre à la contre-attaque de déboucher plus vite »

Plusieurs attaques ennemies ont été repoussées, à 4h00, 5h00 et 11h15, puis à 21h30 et 22h00.

Au soir, le commandant du 329° signale à son chef de brigade que « depuis le 25 juillet, l’ennemi a dirigé 12 attaques sur le front du régiment ; toutes ces attaques ont été repoussées, creusant de gros vides dans nos équipes de grenadiers lesquels, depuis 4 jours donnent l’exemple du plus profond sacrifice et de la plus grande énergie » ; il ajoute que les équipes de grenadiers allemandes font preuve « d’un cran remarquable » ; « leurs attaques sont menées vigoureusement, sont repoussées énergiquement, et l’ennemi laisse du monde sur le terrain. L’artillerie allemande est très active ».

2800 cartouches et 800 grenades ont été consommées dans la journée !

La journée du 28 est essentiellement consacrée à effectuer des travaux de réfection de tranchées, de création de boyaux et d’agrandissements d’abris.

La nuit suivante, la 158° DI est relevée par la 6° DI ; le 329° est relevé par le 119° RI et par le 21° RIC pour le bataillon Laurrin.

Après relève, le régiment sera regroupé à Paissy, en réserve de DI, puis gagnera Longueval et Barbonval avant d’être transporté en autos en zone de repos. 

A l’issue de cette relève, le général Priou dresse le bilan des opérations menées par la 158° DI dans le secteur d’Ailles. Depuis son entrée en ligne, la DI a effectué 2 attaques, le 15 avec un bataillon du 329° ; le 23 avec un bataillon du 329°. De ce fait, le 329° a déjà subi des pertes sensibles ; du 25 au 27 juillet, le régiment a perdu plus de 150 hommes : 29 tués dont 2 officiers, Malapert et Lecomte, 91 blessés dont un officier, et 35 disparus.

Pour la même période, le fichier MDH donne 29 morts.

Le service de santé divisionnaire donne lui, pour la période du 10 au 31 juillet :

2 officiers et 35 hommes tués, 8 officiers et 188 hommes blessés, 3 officiers et 68 hommes malades. Les disparus ne sont pas comptés.

D'abord transporté au sud de Fère-en-Tardenois, à Beuvardes, le régiment gagne en chemin de fer la région de Nesle, et s'installe dans le village d'Ercheu (Somme).